MX France

Le Feuilleton à Tonton Riton : ‘Cré Toto !

Article ajouté le 13/04/2017

Salut les p’tits n’veux ! Une bien belle histoire au programme d’aujourd’hui. Celle d’un come-back impressionnant : celui de « Toto » Boissière, ex-pilier du MX tricolore, victorieux en Grands Prix, parti (non sans résultats) vivre sa vie en enduro fin 2012… Qu’on vient de retrouver le week-end dernier à Castelnau-de-Lévis double vainqueur en Elite !

 

 

J’ai eu envie d’insister car là, je reconnais, il m’a scié, le Toto ! Pour tout avouer, lorsque j’ai appris que le Team 2B avait embauché l’ex-crossman/ex-enduriste qui à près de 32 ans souhaitait revenir à ses fondamentaux en tentant un come-back au plus haut niveau national, j’étais plutôt perplexe. Si ce n’est, pire que ça, carrément incrédule, même.

 

Là-dessus, le Sudiste, malade, avait dû se retirer dès les essais lors de l’épreuve d’ouverture du championnat de France à Saint-Jean-d’Angély... Et, quinze jours plus tard à Romagné, toujours pas de Boissière au départ ! Hum, et si, comme je l’avais quelque peu subodoré, ne s’agissait-il que d’une sorte de vague coup de pub ? En tous cas l’affaire semblait avoir pris le tour d’un pétard mouillé…

 

Et vlan, une semaine après, c’est-y pas que le trentenaire fait claquer les deux manches au troisième round ! Et qui plus est non sans avoir dominé son sujet de la plus belle des manières, le revenant s’étant porté sans tarder aux commandes de chacune des deux manches et ayant su filer jusqu’aux damiers pour s’imposer sans jamais être inquiété. Ceci malgré la présence au départ de cette épreuve, outre la meute des jeunes loups hexagonaux, de bons pilotes de GP comme Van Doninck et Ostlund, par exemple. Une véritable démonstration. C’est le mot. Inattendue, certes, mais quel joli coup : bien joué ! Je m’incline, chapeau bas…

 

Bon, au fait : who the hell is Anthony Boissière ? Pour ceux qui ne seraient pas au courant, le garçon possède de solides références : champion de France Junior 2003, vice-champion Elite 125 l’année suivante, vice-champion MX2 2007 et 2008, neuf saisons de Grands Prix (six en deux-et-demie, trois en 450 cc) quasiment toutes terminées dans le top-15 avec pas mal de podiums et trois victoires de manches à la clef, le natif de Ganges (Hérault), porte sud des Cévennes à quarante bornes au nord de Montpellier, peut se targuer d’un palmarès qui ne manque pas de gueule. En fin de saison 2012, une année plutôt compliquée passée sur une 450 TM usine, il avait choisi de changer de discipline. Un peu à court de solutions, n’ayant guère reçu d’offre intéressante au niveau des GP cross, assez las en fait du MX circus et moins à son aise qu’auparavant à l’époque des 250 cc, Toto s’est donc tourné vers l’enduro, sur les conseils de son ami Antoine Méo. Et ainsi quatre saisons durant aura-t-il réalisé d’excellentes perfs en Mondial comme en Championnat de France, pour le compte du team Moto Pulsion dirigé par Fred Collignon puis dans l’équipe officielle Sherco. Une reconversion globalement réussie donc, magnifiée par deux succès grandioses aux ISDE au sein de l’Equipe de France (même si en 2015 le sextet tricolore fut injustement déclassé…).

 

Cela dit, contre toute attente, fin 2016, à nouveau, notre homme en a eu marre. Une fois encore il a éprouvé le besoin de bouger : d’abord, selon lui, entre 2013 et aujourd’hui l’enduro a pas mal changé. Beaucoup. Trop. La saison dernière en tous cas il n’a plus éprouvé le même plaisir qu’à ses débuts dans la spécialité. Trop de franchissements par exemple. Et plus de Méo à l’horizon avec lequel rigoler… Toto a eu l’impression de ne pas être tout à fait « dans son élément » et comme le sentiment d’avoir fait le tour du sujet. Bref, one more time, il a eu envie d’un autre environnement et, comme à 31 ans (qu’il a eus mi-octobre) il ne se sentait pas encore « fini » sportivement parlant, il a voulu tenter de revenir au MX !

 

Plus facile à dire qu’à faire : le chemin inverse, du cross vers l’enduro, il l’avait fait lui-même et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas le seul à avoir réussi pareille évolution de carrière, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil au plateau du WEC pour s’en convaincre. Dans l’autre sens, en revanche, c’est plus inhabituel… Et surtout, question à cent balles, la vitesse serait-elle encore au rendez-vous ?  

 

Assez vite, on s’est aperçu que oui. Lui le premier. Et, d’abord, avant tout, le principal était effectivement de la partie : l’envie. « J’ai vraiment eu envie de refaire du cross. De participer à de belles courses, de me faire plaisir sur une moto. Je sais bien que je n’ai pas dix ans devant moi, que je suis plus près de la fin de l’histoire que du début, mais en revanche je crois que suis encore capable de rouler assez vite. Et puis l’Elite est un championnat que j’ai toujours bien aimé… ». 

 

Une fois de plus l’amitié a pris le quart, comme dit Brassens, elle a joué son rôle : copain avec Greg Aranda, Anthony a pu compter sur le soutien de celui-ci lorsqu’il est entré en contact avec Hervé Broyer, boss de Yamaha 2B. Les deux hommes, Hervé et Toto, s’étaient souvent croisés par le passé, ils s’appréciaient et sont donc rapidement tombés d’accord. « C’est un ex-pilote de GP, et un bon, il est encore capable de rouler vite. Greg, qui a l’œil averti du pilote de haut niveau, n’a pas tardé à me convaincre que c’était une bonne idée. Et on s’est très vite rendu compte que ça allait le faire, qu’on ne s’était pas trompé », raconte le team-manager.

 

Pourtant, rien n’a été simple : si lors de l’épreuve de pré-saison de Lacapelle, première sortie officielle avec le Team 2B, sur laquelle Toto partait plutôt dans l’inconnu (anecdote amusante : dans le Lot, en fin de première séance d’essais, il s’est fait la remarque qu’il ne connaissait quasiment personne parmi les gars en piste et… que ça roulait drôlement vite : « Quelle idée j’ai eue ? Ça fait peur ! » avait-il même pensé l’éclair d’un instant), ça ne s’est pas si mal passé dans l’ensemble, un virus avait en réalité commencé à affaiblir son organisme. Ainsi à Sommières, la semaine suivante, s’était-il senti complètement cuit, à l’arrêt. Il a donc fallu aller voir un toubib et passer des examens. Lui qui voulait rouler, s’entraîner dur pour Saint-Jean où devait réellement débuter sa saison, il en a été incapable, définitivement à plat. Sans forces, il a tenu à faire tout de même le déplacement en Charente, mais c’était peine perdue : zéro énergie, la tête qui tourne, vraiment malade, comme absent, il a tenté de se qualifier puis de prendre le premier départ mais, rien à faire, il est tout de suite rentré sous l’auvent, dégoûté. Lui qui avait tant bossé cet hiver pour être ponctuel au rendez-vous…

 

De même il n’est carrément pas allé à Romagné, pas encore remis. Et puis le mardi avant Castelnau, troisième épreuve, il a repris le guidon. Pas terrible. Mais il a insisté le lendemain. Du mieux. Oh, rien de génial, en dix minutes il était mort, mais bon la vitesse était presque là… Alors en arrivant à Castelnau, on ne peut pas dire qu’il était hyper confiant, d’autant que ce terrain ne compte pas parmi ses favoris. Il a beau être Sudiste pur jus, les terrains béton ne sont pas trop sa tasse de thé, habitué qu’il a été par ses années de GP à toutes sortes de pistes les plus variées. Mais le dimanche tout s’est finalement bien goupillé et sa première véritable apparition de retour en Elite s’est soldée par un premier succès ! OK, il était naze en fin de première manche, mais il a réussi à se refaire une santé avant le départ de la seconde et, roulant appliqué, pas tout à fait à l’économie mais pas loin, ce qui l’a « sauvé » sur ce circuit piégeux, défoncé, il su a ouvrir l’œil, chercher la bonne trace, se montrer intelligent, bref il s’est adapté et a remporté la deuxième course comme la première. Yes !

 

« L’enduro m’a appris certaines choses, comme les virages à plat, j’en tire pas mal de positif au niveau des trajectoires, j’anticipe davantage qu’autrefois. Oh, je n’ai pas le style des petits jeunes, les amortis, les scrubs à tout va, ce n’est pas mon truc, mais je n’ai pas trop « perdu » question pointe de vitesse. Et puis je suis toujours mieux en course qu’aux essais, car je ne suis vraiment pas un roi du chrono sur un tour ! J’étais convaincu qu’avec un peu de boulot en amont ça pouvait le faire, fallait que tout se mette en place et là je commence à être pas mal… ».

 

Et ça le réjouit, le Toto ! Persuadé désormais d’avoir choisi la bonne option. Heureux comme tout dans son équipe en plus : « Le team est top, à la fois familial et super pro. J’ai tout ce dont j’ai besoin pour réussir, notamment une très bonne moto, préparée par Christophe, le frère d’Hervé, qui fait un excellent travail, qu’il s’agisse du moteur ou des suspensions ». De son côté Hervé Broyer avait la banane au soir de la troisième étape de l’Elite, bien sûr. En MX1, Greg Aranda, son champion en titre, revient peu à peu à son meilleur niveau après une opération du genou et d’autres petits pépins physiques. Et en MX2 son pari s’avère gagnant. « Je dispose là d’un duo extra : avec leur expérience ils sont relax, ils ne connaissent pas la pression mais ils sont super vite et humainement ce sont vraiment deux mecs attachants. Toto, c’est un pur pilote de deux-et-demie : sans la limite d’âge en GP je pense qu’il aurait fait une grande carrière en 250 cc, car c’est un gars qui a eu besoin d’un peu de temps pour s’épanouir. Un vrai pilote de petite cylindrée… ».

 

Qui, absent des terrains de cross quatre pleines saisons durant, a découvert un tout nouveau paysage en repointant son nez sur le championnat de France Elite. Car si en MX1 il a été accueilli par une palanquée de visages connus, ceux des Aubin, Boog, Teillet, Soubeyras, Izoird, etc, en 250 il ne connaissait en tout et pour tout que Florent Richier… Eh, tous les autres ont au moins dix ans de moins que lui ! Ainsi a-t-il posé la question à Castelnau, à l’arrivée, parlant d’Henri Giraud : « C’est qui, le type à la Husky ? »…   

 

Un décalage plutôt amusant qui ne le gêne nullement. Bien dans sa tête, bien dans son équipe, Boissière est de retour. Petite précision, monsieur n’est plus pilote à temps plein. Non, en plus de la moto, il travaille dans l’entreprise de pelles mécaniques et de terrassement de son frère, ce qui veut dire qu’il ne peut pas rouler toutes les semaines comme il voudrait. « C’est pas facile », concède-t-il, « Faut jongler grave ! ». N’empêche, il a l’intention de conserver son statut de top-pilote encore quelque temps, une ou deux saisons de plus sans doute : « Déjà je verrai au mois de juin, selon les résultats. Je dis au mois de juin, parce que je ne ferai pas de supercross. Je n’ai pas pratiqué depuis trop longtemps, je n’ai jamais été un spécialiste non plus et puis je n’ai ni le temps, ni la motivation indispensables. Je vais donc réfléchir à la question fin juin mais a priori je me vois bien remettre ça en 2018, histoire d’aller le chercher, ce titre Elite. Même si cette année, je pense, rien n’est encore perdu. Il reste trois épreuves à disputer et, comme on sait, avant le dénouement rien n’est jamais fini ! ».  

 

Belle histoire, je vous disais !

Eric Breton, photos FFM
MOTOCROSS EMAG
 

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