Interview Benoît Paturel



Si « Ben doute de tout », Ben P. lui ne doute de rien !

Eric Breton, photos Yamaha

Interview Benoît Paturel

Si « Ben doute de tout », Ben P. lui ne doute de rien !

 

 

Ben n’est pas un artiste comme les autres, avec ses œuvres délirantes, basées sur ses « écritures », questionnements sur l’art (« Tout est art ? »). De même « Ben » Paturel n’est pas un pilote comme les autres. Post-moderne ou non, en tous cas à l’inverse de son homonyme franco-suisse, le pilote Kemea-Yamaha n’est pas encore entré au musée et surtout il vit de certitudes, lui. Il considère en effet qu’il est primordial de se fixer des objectifs… et de les atteindre. Ces deux dernières saisons il a parfaitement accompli sa mission et cette année il vise le titre mondial. Et il y croit. Nous aussi !

 

Dès ses débuts chez Bud Racing, sur des Kawasaki et des Husqvarna (qui n’étaient pas celles d’aujourd’hui !), Benoît Paturel a laissé entrevoir qu’il avait du talent : engagé en Suède un peu par hasard en 2012, il prend le départ du premier Grand Prix de sa vie et se classe dans le top-ten ! Cependant, malgré d’excellentes perfs en championnat de France Elite MX2 (vice-champion 2013, troisième l’année suivante), les circonstances ont voulu qu’il a dû s’armer de patience avant d’effectuer sa véritable entrée sur la scène internationale. C’était il y a deux ans chez Kemea-Yamaha et l’on connaît la suite…

 

 

Est-il vrai que lorsqu’il t’a engagé tu as promis à Hans Corvers, le patron du team Kemea, que tu serais champion du monde en 2017 ? Ou bien est-ce seulement une vanne entre lui et toi ?

C’est la question à cent balles ! Bon, n’importe comment, je ne peux pas le cacher, je vais rouler pour ça : c’est clairement l’objectif cette saison. J’ai terminé troisième l’an dernier, je ne peux pas viser autre chose que le titre ! Voilà, c’est dit. Maintenant, comme on sait, c’est un sport hyper difficile, les adversaires sont très nombreux, très forts et, même si Herlings est parti, il va rester du monde, ce sera très dur et donc aujourd’hui il est impossible de dire si je serai en mesure de gagner. En tous cas je me donne les moyens nécessaires, je fais ce qu’il faut et on verra ! Mais j’y crois !

 

Jeffrey Herlings et Max Anstie « montés » en 450, qui seront tes principaux rivaux, a priori ?

Je pense qu’on peut considérer que, sur le papier, nous serons trois : aujourd’hui on en est là. Maintenant comment dire, est-ce que ce sera réellement le cas ou pas ? Nul ne le sait, mais il est certain que théoriquement ça doit se jouer entre Jeremy Seewer, vice-champion juste devant moi, moi-même et puis Pauls Jonass, qui a fini cinquième mais qui s’est blessé alors qu’il figurait en seconde position et dont on connaît le potentiel… Voilà, ce sont les trois prétendants, à l’aube de la saison, mais on sait bien que d’autres vont venir s’accrocher à ce trio, qu’il y a toujours des surprises ! Faut attendre un peu, voir les premiers Grands Prix, on sait parfaitement que ça ne se dessine pas tout de suite, tant la saison est longue. Dix-neuf GP ! Tu as beau être le plus vite, le plus fort, le meilleur, c’est jamais gagné, voir l’exemple de Ken Roczen aux Etats-Unis ! On parle d’un sport tellement difficile, tellement dangereux : faut savoir rester les pieds sur terre, se montrer consistant, répondre présent sur une période de plus de six mois… C’est très long !

Interview Benoît Paturel

Dangereux, dis-tu : plus que par le passé, de plus en plus dangereux, à ton avis ?

Les motos vont de plus en plus vite, les suspensions ne cessent de s’améliorer, le niveau de performance grimpe sans arrêt, du coup les pilotes accumulent toujours davantage de confiance, repoussent encore et encore les limites, sauf que au moment où elles sont dépassées, ces limites… Quand ça part, c’est fatal ! Ça va tellement vite, forcément ça fait mal. Quelque part, on ne contrôle plus comme avant, quand les motos montraient plus tôt leurs limites : aujourd’hui c’est tellement performant qu’on en demande toujours plus et quand on tombe c’est plus méchant ! Les circuits, c’est une autre histoire : le plus souvent, le problème ce ne sont pas les circuits en eux-mêmes, mais plutôt la façon dont ils sont préparés et entretenus. C’est un grand débat, que sans doute on n’a pas le temps d’ouvrir ici ! Et puis le danger, on y pense rarement… La moto, le motocross plus précisément, c’est ma passion. C’est ma vie, je me lève tous les matins pour ça. Depuis tout petit, 4 ou 5 ans, j’ai deux rêves : le premier c’était d’être pilote, pilote pro, et de rouler en championnat du monde. Faire ce métier, rouler au plus haut niveau : ça, c’est fait ! Ça fait des années que je bosse pour en arriver là et je suis fier d’avoir réalisé ce que j’ai déjà accompli, maintenant je ne compte pas m’arrêter là. Et on en vient au second rêve, celui de devenir champion du monde...

 

Comme l’a souligné ton patron lors de la conférence de presse , tu es un gars qui réalise ses objectifs : en 2015 tu visais le top-ten, tu y es entré, l’année suivante tu voulais accéder au top-5, tu es monté sur le podium. Cette fois on parle de la dernière marche…

Faut continuer ! Mais c’est de plus en plus dur, un champion il n’y en a qu’un par année et la dernière marche est toujours la plus difficile à franchir. On ne peut pas se reposer sur ses lauriers, comme j’ai dit la concurrence est rude, c’est le Mondial, c’est comme ça. Mais j’aime ça, ça me plaît, je suis heureux d’être là et puis surtout je suis super bien entouré, dans un team de pointe, avec Jacky en particulier au surplus alors tous les jours je redouble d’efforts, je fais mon boulot pour tenter d’atteindre mon but. C’est passionnant, de courir après quelque chose de grand !

Tu n’es pas le premier pilote qui passe entre les mains de Jacky Vimond, loin de là, mais on a vraiment l’impression qu’entre vous deux ça fonctionne remarquablement bien, qu’on peut réellement parler d’osmose...

Jacky et moi, ça va au-delà d’une relation entre entraîneur et pilote, c’est bien plus que cela. Nous sommes devenus très proches, tout en sachant rester super professionnels, en nous remettant en question tous les jours si besoin est : même si on s’entend à merveille, même si on rigole beaucoup, on ne perd pas de vue les objectifs et, avant tout, on bosse ! J’ai une confiance absolue en lui : il a été champion du monde, le premier Français couronné au plus haut niveau international. Puis il a su partager son expérience avec d’autres pilotes, qui sont tous devenus champions à leur tour. Tous les meilleurs Tricolores sont passés par la case Vimond ! Tous, depuis Tortelli, on ne peut même pas les citer tant la liste est longue, ils doivent tous quelque chose à Jacky. Moi, ça fait quatre ans que j’ai la chance de bénéficier de sa présence à mes côtés et c’est génial. Après, je pense qu’aujourd’hui, arrivé à ce niveau, dans ce sport il faut avant tout être en confiance, emmagasiner une confiance énorme et pour cela il est primordial d’établir une relation très forte avec un coach si l’on veut continuer à progresser au quotidien. Evidemment, une telle relation dépasse de très loin les simples conseils de bord de piste. Pour devenir champion du monde, il faut mettre en place tant de choses, régler tant de problèmes, jusqu’aux moindres petits détails… Le lien avec un coach, c’est tout un ensemble de choses. Des millions de trucs à discuter, de solutions à trouver, d’idées à tester et surtout un maximum de temps passé ensemble, à travailler le plus souvent, à poursuivre un même but et… à essayer de l’atteindre !

 

Toi qui l’as côtoyé un moment, vois-tu Herlings s’imposer en MXGP ?

Oui, je pense, bien sûr ! Il jouera la gagne : il est fort, il a été trois fois champion du monde et il aurait même pu l’être à cinq reprises, sans ses blessures. Comme l’ont été (Tim) Gajser et Romain (Febvre) ces deux dernières années, pour moi il va être là direct, tout de suite devant, s’il est bien à 100% (interview réalisée le 7 février, alors qu’on manquait de nouvelles du Néerlandais).

 

Tu auras 23 ans à la fin de l’année en cours (le 7 décembre), 2017 est donc ton dernier bail en MX2. L’an prochain, toi aussi tu rouleras avec les « grands ». T’arrive-t-il déjà d’y penser, parfois ?

Oui, j’y serai, c’est la logique des choses. Honnêtement, pour l’instant, j’y pense pas trop, c’est pas le moment, mais ça va arriver vite. Et la 450 je la connais déjà, je l’utilise de temps en temps à l’entraînement, disons qu’avec Jacky on a commencé à préparer l’avenir… Afin de faciliter la transition. La cylindrée supérieure, j’ai le gabarit pour, le physique pour, pas de souci. Et puis je crois que meilleur je serai sur la deux-et-demie, meilleur je serai sur la quatre-et-demie, non ? C’est pour cela aussi que cette saison qui s’ouvre est tellement primordiale : non seulement je dois bagarrer pour le titre, mais aussi me préparer pour le Graal du pilote de motocross, la catégorie reine, le top !

 

Les USA, ça n’a pas l’air de te tenter, toi ?

Non. Jamais je n’ai été attiré par l’Amérique. Attention, je suis d’assez près ce qui se déroule là-bas en matière de motocross, ça m’intéresse et je trouve même ça passionnant, par rapport à ce qui se passe chez nous en Europe, d’observer ce championnat supercross, la série la plus médiatisée au monde, super compétitive, super top. C’est forcément intéressant de regarder de près les stratégies, les tactiques, etc, de voir la domination d’un Roczen, le parcours d’un Tomac, celui d’un Dungey, il y a forcément des choses à apprendre, des leçons à tirer… Mais à titre personnel, le supercross, j’en ai fait, il m’est aussi arrivé de rouler sur un terrain de SX à l’entraînement, mais c’est pas trop mon truc. Et puis les saisons sont tellement longues, il est impossible de tout faire ! Alors pour le moment mon objectif c’est le Mondial, je m’y consacre entièrement, et voilà. Plus tard, on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait, peut-être j’y viendrai un jour, qui sait ? Mais pour l’instant, ce n’est pas au programme. Moi, l’Europe me plaît, la vie en Europe me plaît, les courses qu’on me propose me plaisent, donc je ne me vois pas partir aux US, changer de continent, non ça ne fait pas du tout partie de mes plans. En vérité je suis en train de réaliser mes rêves : si un jour j’y parviens complètement, si par bonheur je m’aperçois que j’ai fait le tour de la question, on verra : j’ai l’esprit ouvert ! Mais aujourd’hui mon objectif c’est de briller en Grands Prix et je m’y tiens !