Interview Cyrille Coulon Thomas Ramette



Le parcours des combattants

Vincent Boudet, texte et photos

Interview Cyrille Coulon Thomas Ramette

Interview : Cyrille Coulon, Thomas Ramette (Team SR 75)

 

Dans un mois, les compères du team anglais SR75 retourneront derrière les grilles de départ des pistes de supercross pour une très longue saison. On a fait le point avec eux. 2016 ayant été fructueux, l’idée était de savoir s’ils allaient repartir sur les même bases, ou sur de nouvelles…

 

Cyrille, début de la saison dans un mois, t’es prêt ?

CC6 « J’suis prêt, c’est un grand mot ! On a fait pas mal de courses l’an dernier entre le SX Tour, l’Hexis, puis l’Arenacross. Ça c’est terminé mi-février et comme j’ai un corps vieillissant, j’ai pris un peu de repos parce que la récupération est bien plus difficile qu’avant. Après, avec ma blessure au genou (ligament interne déchiré), ma cheville qui me fait toujours mal (opérée il y a trois ans), je galère toujours un peu. Dès que je roule, j’ai mal. Et il ne faut surtout pas que mon articulation se torde ou qu’elle soit trop en flexion. Sinon, dans la vie de tous les jours, le matin par exemple, j’ai mal. Mais je suis habitué. De toutes façons, nous les crossmen, on galèrent tous avec les articulations… »

Et vous êtes partis pour combien de courses. Si on additionne tout, ça en fait…

CC5 « J’ai calculé, je crois que j’ai disputé 26 finales entre 2016 et 2017… »

TR6 « Mais t’es fou ! J’avais calculé. Je crois que j’étais arrivé à 42. »

CC5 « hein... T’as tout additionné, la. Allez, viens là, on fait l’interview ensemble… »

Donc vous repartez pour une quarantaine de courses ?

CC5 « Oui, parce que si tu comptes bien, on participe à près de 25 supercross. Comme il y a une à deux finales à chaque course… »

Bon et toi Thomas qui n’est pas trop vieux, t’avais aussi besoin de te reposer ?

TR6 « (rires) Je ne suis pas trop vieux, mais j’avais quand même besoin de souffler parce que j’avais disputé également un paquet de courses. C’était une longue saison, je sentais qu’il fallait m’arrêter. »

Surtout que t’étais également un peu tordu (Thomas a chuté quelques fois en Arenacross)…

TR6 « Oui. On traine toujours des petites blessures pendant la saison et ça fait du bien de s’arrêter un peu pour soigner tout ça et repartir frais. C’est le but du jeu. »

Et combien de temps tu t’es arrêté alors ?

TR6 « Au total, je me suis arrêté quatre semaines. J’ai déjà repris depuis un mois en motocross. Et en SX, ça ne fait que deux jours que je roule à nouveau. »

Et toi Cyrille, je crois que pendant tes vacances, tu as bossé avec Jérôme Hémery pour sa boîte HRS Suspensions ?

CC5 « C’est ça. Comme je n’ai pas eu de rentrées d’argent, il a fallu que je bosse avec Jérôme avec qui je m’entends super bien. Deux à trois fois par semaine, j’allais à son atelier lui filer un coup de main. Le reste du temps, je m’occupais des petits. J’ai coupé en moto. J’ai roulé deux, trois fois en motocross, mais je me suis refait mal au genou et j’en ai pris une sévère. Du coup, j’arrête complètement le cross. C’est trop délicat avec les courbes, les ornières… Je ne veux pas finir de m’abimer le genou. De toute façon, ça ne m’intéresse plus trop. Sinon, j’ai recommencé hier le SX alors que le championnat débute dans un mois. Et encore, c’était pour un shooting photo. Sinon, j’ai roulé pas mal en vélo pour garder la forme. Je me suis tapé dedans avec des sorties de deux heures quinze, deux heures trente. Le programme désormais, c’est du roulage et un peu de travail sur les motos. J’aimerais tester un truc au niveau de l’amortisseur. Ça me titille…»

Interview Cyrille Coulon Thomas Ramette

De toutes façons, les motos n’ont pas évolué cette année. Vous continuez avec les millésimes 2017 ?

TR6 « Oui, ce sont nos motos de l’Arenacross. On a juste deux jeux de suspensions différents, selon que l’on roule en Arenacross ou sur le SX Tour. Ce ne sont pas les mêmes pistes et les réglages changent. Donc on va travailler un peu sur les suspensions… Cyrille cherche, c’est son truc, c’est bien ! (rires) »

CC5 « On peut toujours s’améliorer. On va garder la même base, mais parfois, en changeant un clapet, ou deux, ça améliore un peu le comportement du châssis. »

Vous ferez toute la saison sur la 2017 ou vous passerez sur la 2018 ?

CC5 « Je pense que je garderai la 2017. Par expérience, je sais que changer de moto, c’est dangereux. Quand j’étais chez Kawa, j’avais sauté sur la 2016 en cours de saison, un nouveau modèle soit disant super bien et je n’avais pas eu le temps pour la mettre au point. Si j’avais bien roulé à l’outdoor avec l’ancienne, en indoor, je n’arrivais plus à faire de podium. Sans savoir pourquoi. Parfois, tu as l’impression que ça va mieux, mais finalement, non. Là on connaît super bien cette moto, notre châssis va bien, on a un moteur d’enfer, ça serait risqué d’en changer. Je pense qu’il faut un peu de temps pour parfaitement connaître sa machine. »

TR6 « C’est sûr. En plus on ne sait même pas si on va pouvoir monter nos suspensions dessus. Nous n’avons aucune info sur la nouvelle machine. Et combien même on pourrait adapter fourche et amortisseur sur le millésime 2018, avec un châssis, un bras oscillant différents, pas sûr qu’elles fonctionnent correctement. Bref, à moins qu’il y ait une grosse évolution et qu’elle soit bien meilleure que celle d’aujourd’hui, ce dont on ne se rendra compte qu’après quelques séances de testing, on conservera la 2017. »

Sinon, vous repartez avec le team anglais SR75. Une affaire qui roule !

TR6 « Oui, c’est vrai que ça se passe bien alors pourquoi changer ? En Angleterre, on ne s’occupe de rien. On arrive en avion sur les courses et on est choyés pendant le week-end. En France, c’est différent parce qu’on est livrés à nous même, Geoff (ndr, le team manager) nous confie le matos, mais ça roule. On gère notre truc avec nos mécanos pour le week-end, c’est parfait. Ça représente plus de taff car nous entretenons nos machines la semaine, mais d’un autre côté, on sait ce qui est fait dessus, on est autonomes et on gère comme on veut les week-ends de course. Ça nous convient. »

Et toujours pas de support de Suzuki France ?

« Non, mais c’est en discussion je crois. Ça serait bien, enfin logique, car nous sommes quand même devant avec les Suz, l’année dernière, on était trois devant, mais on ne gère pas trop ça ? »

Et le programme alors ?

TR6 « Et bien on repart sur le SX Tour, le Pro Hexis, quelques supercross inter, comme le Danemark… J’ai fait mon calendrier, une fois que c’est parti, je dois avoir seulement trois week-ends de libre jusqu’à la fin décembre, donc, ça ne chôme pas. Après, je ne sais pas encore si je vais enchaîner avec l’Arenacross. »

Donc pas de motocross ?

CC5. « Non. A partir d’un moment, il faut savoir faire un choix. Le corps, il ne peut plus. A moins que le mec se charge, prenne des produits pour récupérer. Même un jeune, entre 25 et 30 ans, son corps ne peut plus encaisser à un moment. Sur l’Arenacross, tu te couches tard, tu te lèves tôt… T’enchaînes, t’enchaines et forcément, le jour des courses, t’es moins bien. Tu commences à peiner en fin de manches. Alors tu te dis que t’as pas assez bossé, mais c’est une erreur. T’es juste usé. Vu le nombre de SX qu’on enchaîne depuis trois ans, c’est impossible. »

TR6 : « Non, c’est impossible. Quand tu enchaînes des manches de six minutes en SX puis qu’une semaine après, c’est deux de trente minutes sur une piste de cross, tu ne peux pas être performant.  C’est notre dilemme avec l’Arenacross et l’Elite. »

CC5. « Si c’est pour se retrouver dixième, ça ne fait pas envie. Là, t’as juste envie d’arrêter la moto. »