Interview Nicolas Aubin



Retour annoncé aux affaires

La rédaction, photos VB

Interview Nicolas Aubin

S’il en est un qui pourra ranger 2016 au placard, c’est bien Nicolas Aubin. Blessé à l’épaule, puis au pouce, le Normand a ensuite enchainé par de multiples complications au poignet. Mais pas question de sombrer dans la déprime pour autant, il vient de se refaire une santé et compte bien rebondir en 2017, lui qui a enfin pu essorer le caoutchouc droit de sa machine il y a trois semaines !

 

Alors Nico, on a vu sur FB que tu étais remonté sur ta moto, ça doit faire du bien au moral ?

« J’suis comme un gosse ! Surtout que ce retour est archi positif : je ne ressens aucune douleur. Enfin, juste celles d’un gars qui n’a pas fait de moto depuis quatre mois ! C’est pour cela que j’appréhendais beaucoup ce retour aux affaires. Mais là, même en attaquant, même en enchaînant les roulages, ça se passe super bien. Encore une fois, ça me rend super heureux ! J’ai très envie de faire fort en 2017 et le compte à rebours a déjà commencé. Il était donc hors de question de perdre encore du temps avec des restes de blessures. »

Justement, tu peux nous rappeler l’historique de ces pépins ?

« Tout a commencé à Lille en 2015. En chutant dans les whoops, je me suis abimé un nerf du bras qui a mis un temps fou à guérir. Et qui m’a fait souffrir le martyr. Pendant près de 3 semaines, je me suis retrouvé à ne pas pouvoir dormir correctement : il fallait que je reste en position assise, le bras posé et la douleur était parfois atroce. Dès que mon bras supportait son poids, j’avais une sorte d’élongation douloureuse qui partait de l’omoplate jusqu’à l’avant-bras. Il a fallu 4 mois pour que ça passe. Et alors que ça commençait à rentrer dans l’ordre, patatras, je me fais une grosse entorse au pouce à l’entraînement. A 15 jours de l’Elite. Le genre de blessure que tu traines pendant des semaines… Même sans rouler à l'entraînement. A chaque course, tu te remets un choc dessus et c’est reparti. Du coup, toute la saison de motocross s’est résumée à un calvaire. Manque de roulage, de condition physique, de vitesse, surpoids consécutif à la prise de cortisone, j’ai galéré jusqu’à la fin de la saison. Je n’ai pu rattaquer sérieusement l’entraînement qu’au moment de préparer le SX. Pendant deux semaines, ça l’a fait. Mais rebelote. Lors de la seconde épreuve du championnat je me remets un caramel et m’explose les deux poignets. Rien de cassé, mais le gauche a vraiment morflé : entorse, ligaments détendus, tendons abimés… Bilan, encore un mois off jusqu’au Kenny Festival. Mais bon, même sans rien faire, ça traînait alors je suis allé voir un spécialiste de la main au Mans sur les conseils de Mickaël (ndr, Pichon). Il a confirmé le premier diagnostique et a décelé un problème de canal carpien. Ce qui signifiait un passage sur le billard. Bref, au total, j’ai observé cinq mois d’arrêt, un break que je n’avais jamais fait de toute ma carrière ! »

"Au total, j’ai observé cinq mois d’arrêt, un break que je n’avais jamais fait de toute ma carrière !"

Interview Nicolas Aubin

J’imagine que ce n’était pas facile à vivre ?

« Loin de là. Le pire, c’est de ne pas savoir quand tes blessures seront soignées en fait. Quand tu te casses un os, tu connais le temps qu’il lui faut pour se réparer. Mais là, je n’avais aucune visibilité et parfois je me demandais même si je pourrais guérir un jour… Après, tout n’est pas négatif non plus. Jamais je ne m’étais autant arrêté et du coup, j’ai senti que j’avais rechargé mes batteries. J’ai encore plus faim ! D’ailleurs, je n’arrête pas de rouler. Même si ça caille sérieusement en ce moment. De toute façon, en vivant en Normandie, si t’attends qu’il fasse bon pour rouler, tu restes 10 mois de l’année chez toi (rires) ! »

Tu nous as dit vouloir faire fort cette année, ça veut dire quoi ?

« Ça signifie, déjà, bien rouler au Touquet. Je le ferai avec l’intention de signer au moins un podium. Je n’irai pas pour acheter le pain et me promener sur la digue (rires). J’y vais pour me faire mal à la g… et essayer de briller. Sinon, je resterais dans mon canapé. »

"Je n’irai pas au Touquet pour acheter le pain et me promener sur la digue (rires)"

Carrément ! Mais t’es au courant qu’il y a pas mal de spécialistes qui le disputent sur de très bonnes machines ?

« Je suis au courant merci ! Mais bon, si les Yamaha restent les motos à battre, je sais que ma Suz marchera pas mal aussi. J’ai toutes les pièces nécessaires pour qu’elle fonctionne pas trop mal. D’ailleurs dans quinze jours, je serai à Grayan pour valider mes réglages et améliorer mon pilotage et mon feeling sur le sable. Pas question de s’emballer là-bas… Ce sera une course de préparation pour le Touquet. Maintenant, pour revenir à ta question, je voudrais rappeler que l'Enduropale, je connais. J'y ai déjà participé trois fois. Et une fois, en 2012, j'ai manqué la victoire par la faute d’une panne d’essence. Malgré un manque de préparation car j’étais à peu près dans le même cas de figure que cette année. Je reste convaincu que lorsque tu as faim, tu es capable de belles choses !»

Sinon, le reste de ton programme 2017, c’est quoi ?

« Le sable, l’Elite, plus quelques cross inter et le SX. Ça sera une grosse saison, mais encore une fois, cette pause forcée de plusieurs mois m’a fait du bien. D’ailleurs, je suis en train d’étudier la possibilité d’aller également rouler à Glen Helen, pour l’outdoor US. »

Tu penses être capable de rouler devant dans chacune de ces disciplines ?

« Et pourquoi ne le serai-je pas ? Il y a un an, j’y parvenais ! Thierry Bethys avait remporté le Touquet, l’Elite et le championnat de France de Supercross la même année à son époque. C’est jouable et encore une fois, je pars pour ça ! Psychologiquement, j’aborde 2017 complètement revigoré. Frais. Et puis, j’ai aussi la sensation que j’ai progressé rien qu’à rester sur le bord de la piste. J’ai observé tous les pilotes pratiquement toute l’année et j’ai compris certaines choses. Des détails qui pourraient me permettre d’améliorer mon niveau. Enfin, je l'espère ! (rires). »

Le team OB1 reste en tout cas debout ! Malgré cette saison compliquée…

« Oui, heureusement qu’on a des super partenaires qui continuent de nous suivre pour une troisième année malgré toutes ces galères et une conjoncture pas super aidante. Ils ont vu que nous étions sérieux et motivés j’imagine. C’est cool. Etre team officiel Suzuki, ça signifie des choses pour moi. »

Arnaud (ndr, son frère, également pilote OB1) a signé de belles choses en fin d’année, c’est le fruit de votre connivence ?

« Non, c’est plutôt parce qu’il a bien bossé à l’entraînement et qu’il est motivé. Il s’est remis en question et ça porte ses fruits. Bosser avec moi, ça doit l’aider car on se parle franchement et on se motive l’un l’autre, mais c’est surtout parce qu’il se bouge qu’il a progressé. C’est cool parce qu’il permet au team de se montrer… Moi, j’ai un peu failli, mais ce n’est vraiment pas de mon fait ! Vivement 2017 que je me montre ! »