Interview : Romain Febvre



« Excité, bien sûr ! »

Eric Breton, photos Yamaha

Interview : Romain Febvre

 Le champion du monde MXGP 2015 a laissé derrière lui la saison dernière et c’est un homme neuf qui s’apprête à prendre le départ d’un championnat MXGP 2017 plus excitant que jamais, comme il le qualifie lui-même. Romain Febvre sera là pour récupérer la couronne qu’il a dû laisser s’envoler l’an dernier, aucun doute là-dessus !

 

Romain a hâte de voir la nouvelle saison démarrer : à l’évidence il est resté sur sa faim l’an passé, suite à cette grosse chute en Grande Bretagne, imputable à la seule fatalité, qui a ruiné son championnat alors qu’il bataillait encore sévère avec son futur successeur, Tim Gajser, pour conserver sa couronne mondiale.

On comprend son impatience : ce millésime 2017 ne promet-il pas d’être le plus relevé de tous les temps, tout simplement ? C’est qu’il va réunir, sur dix-neuf Grands Prix, soit trente-huit manches au programme, un nombre de vainqueurs potentiels, sur le papier, plus impressionnant que jamais, entre ceux qui ont déjà été couronnés et ceux qui se sont contenté de remporter des GP : le champion en titre slovène et son coéquipier russe, Evgeny Bobryshev, côté Honda, Clément Desalle et Jordi Tixier sur leurs Kawasaki, Kevin Strijbos pour Suzuki, Max Nagl et Gautier Paulin pour Husqvarna, Tony Cairoli, Glenn Coldenhoff et Jeffrey Herlings pour KTM et donc, enfin, Romain Febvre et Jeremy Van Horebeek chez Yamaha. Des pilotes officiels plus capés les uns que les autres auxquels on se doit d’ajouter des pointures telles que Valentin Guillod, Arnaud Tonus, Shaun Simpson ou Tommy Searle, voire même si lui ne fait pas (encore ?) partie du club des vainqueurs en Mondial, le nouveau protégé de Stefan Everts, Arminas Jasikonis le géant lituanien…

Celui qui avait, à la surprise générale, survolé la saison 2015 semble aujourd’hui parfaitement prêt à en découdre avec tous ces champions, plus motivé que jamais et armé d’une confiance absolue, comme toujours, à la veille d’un pareil challenge. S’il en est un qui évite de se poser des questions, c’est bien lui : Romain se prépare super rigoureusement avec son équipe, jamais avare de ses efforts, et se présente au départ l’esprit libre, tout d’hyper-concentration et de décontraction à la fois. On l’a croisé, c’était inévitable, lors de la présentation des teams officiels Yamaha, la semaine dernière à Milan et on s’est donc enquis de son feeling, de sa forme dix jours après sa culbute lors du premier round du championnat transalpin, de son état d’esprit une quinzaine de jours avant de décoller pour le Qatar…

 

Romain, pourquoi ce choix du championnat d’Italie ? Ou plutôt pourquoi les trois épreuves, au détriment de Lacapelle-Marival en France ?

Il y a bien sûr un rapport avec l’identité du team de Michele Rinaldi, équipe italienne, mais ce n’est pas la principale raison de ce choix. Ce qui a d’abord motivé cette option, c’est le temps, la météo je veux dire. Le circuit d’Ottobiano, site de la troisième étape du championnat après la Sicile et Malagrotta dimanche dernier, on y roule quel que soit le temps, sauf s’il y a un mètre de neige, ce que je n’imagine tout de même pas ! Lacapelle, c’est chouette aussi mais en début de saison c’est toujours nettement plus aléatoire… Il n’y a aucune directive de la part du team, qui ne nous oblige ni à rouler absolument en Italie, ni à courir le championnat en entier, d’ailleurs il était question que j’aille à Lacapelle mais après en avoir discuté tous ensemble on a préféré « assurer » en restant en Italie. Ces dernières années on a connu des annulations à Valence par exemple, ça veut dire un week-end fichu, des kilomètres pour rien mais surtout une course de préparation en moins, on a donc privilégié la sécurité. Et d’ailleurs, nous allons même rester en Italie jusqu’à notre envol pour le Qatar : les derniers jours avant de partir (Ndlr : La date du GP de Losail, c’est le 25), nous devions les passer en Belgique et finalement, toujours à cause de la météo, nous avons choisi de rester à travailler ici, voire peut-être même de retourner en Sardaigne. Vraiment, on peut dire que c’est d’abord la météo qui décide !

 

Quel est le bilan des deux premières épreuves ? Antonio Cairoli a l’air déjà au top !

D’abord, tous les ans, Cairoli roule toujours bien en championnat d’Italie, dès l’ouverture il est à fond… L’an dernier il était blessé mais c’était exceptionnel, d’habitude il démarre toujours sur les chapeaux de roues. Faut dire qu’en Sardaigne, il est un peu comme chez lui, c’est sa seconde maison et puis dans le sable on sait qu’il est fort. Et le week-end dernier il était carrément à la maison, sur son circuit d’entraînement ! Bref, il est évident qu’il est à l’aise sur ces deux épreuves : il est très vite et ce n’est pas une surprise. Maintenant, s’il a gagné, c’est vrai, on était tous très proches, genre trois ou quatre pilotes en six secondes, ça se jouait à rien du tout… Cairoli est en forme, OK, mais nous aussi ! Moi, je me sentais très bien mais, bon, j’ai pris une tôle en Sardaigne et je suis passé par l’hosto avec de grosses douleurs au cou. Du coup j’étais loin d’être terrible dimanche dernier, j’avais encore un peu mal, même si c’est presque déjà oublié. « A pied », là ça va, parfait, même pour faire du sport pas de problème, en revanche en roulant ça me gêne encore un peu. Mais dès ce week-end ça devrait aller…

 

Qu’est-ce qui a le plus changé sur ta moto avant cette nouvelle saison ?

On travaille toujours par petites touches, mais on peut dire que cet hiver on a fait de gros progrès au niveau du moteur, afin d’améliorer les départs. Et ça marche, au vu des premières courses, sur quatre manches disputées j’ai fait un holeshot et trois bons départs, toujours dans le paquet de tête. On se situe donc pas mal par rapport aux autres, mais ce n’est pas pour ça qu’on ne va pas continuer à essayer de s’améliorer, on va toujours tâcher de faire mieux ! En tous cas c’est là le progrès le plus marquant sur la machine…

 

Interview : Romain Febvre

 

La saison dernière, pas facile, est complètement oubliée, tu n’y penses plus ?

En fait tout n’allait pas si mal jusqu’à ma chute en Angleterre ! J’étais plutôt sur une bonne dynamique et l’idée cette année c’est ça, repartir sur une bonne dynamique dès le début du championnat. Ensuite, la saison est très longue, elle s’allonge tous les ans, on va voir comment ça se passe.

 

L’an dernier, même si l’on n’aime pas trop rappeler les polémiques, c’était plutôt chaud avec ton coéquipier. Aujourd’hui vos rapports semblent franchement apaisés…

C’est passé… Ce qui est arrivé l’an dernier je n’ai pas pu l’accepter, mais c’est comme ça, il s’est passé ce qui s’est passé. Mais comme ça m’était resté en travers, la relation entre lui et moi était morte. Maintenant, le temps a fait son œuvre, les mois ont passé, l’intersaison, tout ça et on essaie de repartir sur de nouvelles bases. On se dit bonjour, voilà, c’est à peu près tout cependant, on a le minimum de rapports, on fait juste attention à se montrer intelligents. On n’a pas besoin non plus de réellement collaborer, de travailler ensemble, on fait notre vie chacun de notre côté…

 

Entre Cairoli décidé à reprendre son bien, Herlings qui arrive même si on ne l’a pas encore beaucoup vu, Gajser et toi ainsi que tous les autres prétendants, les Nagl, Desalle, Paulin, etc, jamais le MXGP n’a paru aussi compétitif : ça va être top, ultra-chaud !

Oui, en vérité c’est un peu comme ça tous les ans, des nouveaux qui arrivent, des anciens qui reviennent… C’est difficile de dire, avant les premières courses, ce qui va se passer, qui va tirer les marrons du feu, mais c’est sûr que les prétendants au titre sont nombreux, sur le papier ! Et Cairoli ne sera pas là pour faire dixième, Herlings non plus, ça va être serré, c’est sûr… Et oui, naturellement, je trouve ça excitant, dans la mesure où, avec tant de pilotes capables de gagner, je n’en vois pas un ou même deux dominer et remporter toutes les courses. Il va forcément y avoir du suspense, des rebondissements… Mais, même si l’on sait à peu près où se situer, c’est toujours dur de faire des pronostics !


Tu n’es pas le genre de type à se poser des questions, donc à partir du moment où tu te sens prêt, toi ça te plaît, cette bagarre qui s’annonce…

De toutes façons, même tu n’aimes pas ça, il n’y a pas trop moyen d’éviter, alors autant prendre ça de façon positive ! Mais effectivement je me sens prêt. Ensuite le meilleur gagnera, c’est comme ça. Même s’il y en a qui se blessent en chemin : ce n’est pas une excuse d’être blessé, c’est souvent qu’on a fait une erreur et, même si l’on n’y peut rien, comme moi l’an dernier, on ne peut pas rembobiner, revenir en arrière et à la fin c’est le meilleur qui gagne. On verra. C’est évident, je pars pour le titre, tu penses, je ne vais pas dire : objectif troisième place ! Quand on y a goûté, en plus, on a trop envie de récidiver. Mais comme je disais, être le meilleur, avec une telle concurrence, sur une saison aussi longue, c’est un sacré challenge et rien n’est jamais joué d’avance…

 

Justement, est-ce qu’à ton avis un pilote qu’on n’attend pas, qui n’est pas cité parmi les cinq-six favoris, peut créer la surprise ?

Je ne pense pas. Maintenant, on ne sait jamais… Tant que les trois-quatre premières courses n’ont pas été disputées, c’est difficile à dire, mais je ne pense pas qu’un type qui n’a pas roulé aux avant-postes l’an passé explose tout d’un coup sur le devant de la scène…

 

Les deux derniers titres MXGP, remportés par Gajser et toi, ont fait la part belle aux rookies. Est-ce que cela veut dire que passer du MX2 aux 450 cc est une formalité ?

Non, ce n’est pas si simple ! Ce n’est pas si facile que ça, loin de là, je pense qu’il faut juste que le nouveau-venu se sente bien avec sa nouvelle moto, qu’il ait pas mal de réussite aussi, moi par exemple j’ai commis quelques erreurs l’année où j’ai été champion, des chutes assez sévères heureusement sans trop de conséquences, Gajser pareil l’année dernière, etc. C’est tout un ensemble, faut être régulier, solide, avoir un peu de chance, on en revient à ce que je disais tout à l’heure, il n’est jamais facile de devenir champion du monde… Et puis il y en a pas mal, des pilotes qui ont fait fort en deux-et-demie mais n’ont jamais réussi à se faire à la cylindrée supérieure, on en a vu… Mais bon, être champion MXGP en arrivant du 250, c’est pas non plus impossible : Cairoli, Gajser et moi, on l’a fait ! Cela dit, en y réfléchissant, il y a autre chose, à mon avis, qu’il faut souligner : c’est que depuis deux ans le championnat MXGP, avec les différentes arrivées de bons pilotes venus du MX2 notamment, son niveau n’a cessé de grimper et j’ai l’impression qu’aujourd’hui on en arrive à une réelle supériorité de la catégorie reine, numéro un. Le décalage entre MX2 et MXGP s’est drôlement creusé récemment et le gap est en train de devenir très important, je trouve. C’est ce que je ressens, moi, que cette saison le MX2 va être moins disputé, à un niveau plus faible en tous cas. C’était le but du promoteur, de bâtir une vraie Formule 1 du motocross, et on est en train d’y arriver. Tout le monde va de plus en plus se focaliser sur la catégorie reine, je pense… Et personnellement, je ne m’en plaindrai pas !