Interview : Romain Febvre



"Ça me fait du bien d'avoir retrouvé mon niveau."

Vincent Boudet, photos, Yamaha

Interview : Romain Febvre

Interview : Romain Febvre

 

Croisé lors de la présentation de la Yamaha 450 YZ-F 2018 en Italie hier, Romain Febvre nous a causé de son état de forme ascendant et de son retour à son top niveau, plus détendu que jamais.

 

Il semblerait qu'enfin le vrai Romain Febvre soit de retour ? Notamment au Portugal où on t'a retrouvé saignant comme il y a deux ans, notamment en fin de manches.

"C'est vrai que ça va de mieux en mieux. Depuis l'Allemagne où l'on a changé pas mal de trucs sur la moto, j'ai retrouvé ma confiance dans ma machine et une partie de ma vitesse, donc c'est cool. Ça fait du bien."

Ce n'était qu'un souci technique. Depuis tout ce temps...

" Oui. Enfin, tout va ensemble, la machine et le pilote. Ma première erreur fut de prendre de mauvaises options au niveau moteur, de ne pas le réaliser et ensuite, de remettre en cause également mes réglages suspensions."

Tu t'es perdu complètement quoi ?

" Pas perdu. Mais j'ai fait l'erreur de penser qu'avec le temps j'arriverais à m'habituer à la moto que je m'étais faite en fin de saison 2016. En quelques semaines, j'avais développé une machine que je pensais performante pour moi, mais finalement, ça ne l'a pas fait. Le souci, c'est que je n'ai compris ça qu'en début de saison, après les premières courses. Cet hiver, tout allait bien. A l'entraînement, ma machine était idéale. Mais en course, je ne l'utilisais pas de la même façon et là, ça n'était pas la même histoire. Le souci, c'est qu'en enchaînant les courses sans rouler à mon vrai niveau, j'ai aussi perdu de la vitesse, et du physique car je ne roulais pas à 100%. Pour tout te dire, il m'arrivait de finir des manches pas fatigué… A partir de ce moment là, plus question de rouler devant."

On s'est posé la question de savoir si tout cela ne résultait pas de ta chute et de ta blessure de l'année dernière, lors du GP d'Angleterre (ndr, Romain avait contracté un gros trauma crânien et s'était abimé un nerf optique)

" Non. Tout le monde s'est posé la question, mais ce n'était pas ça. Dès mon retour à Loket l'année dernière, ça allait physiquement. J'étais remis. On l'a vu aux Nations où j'étais au top. Le souci, c'est que je n'ai pas été capable de comprendre de suite cette année quelle était l'origine de mon manque de vitesse. J'ai pensé que je m'étais mal entraîné car encore une fois, selon moi, ma moto n'était pas le souci. J'ai donc changé pas mal de choses, notamment en allant aux Etats-Unis m'entraîner avec Ryan Hughes pour progresser. Mais je me suis trompé... Enfin, maintenant, hormis les départs où je ne suis toujours pas au top, ça va mieux, je respire enfin... Ça me fait du bien d'avoir retrouvé mon niveau. "

C'est quand même étonnant comme révélation. Vous passez des journées le cul sur la machine et malgré cela, vous vous trompez sur ses réglages ?

" C'est vrai mais l'entraînement et la course sont deux choses différentes. On ne pilote pas les motos de la même façon, rien que dans la façon de changer les rapports. On est rarement aussi à l'aise en course qu'à l'entraînement sur la moto et du coup, on ne l'exploite pas aussi bien..."

Quel est ton objectif au championnat désormais ?

" Gagner des manches et puis c'est tout. Je n'ai plus rien à jouer au championnat donc, l'idée, c'est de gagner des GP. Finir sur le podium, ça va être compliqué. J'ai 70 points de retard sur Desalle et Paulin, ça sera trop dur."

J'ai fait l'erreur de penser qu'avec le temps j'arriverais à m'habituer à la moto

Une question me taraude l'esprit, pourquoi as-tu arrêté de faire les mouvements de bras sur le grille de départ. Ça marchait bien quand tu les faisais ?

" A la base, ce sont des mouvements de yoga qui me servaient pour me vider la tête et m'empêchaient de penser à la course. J'évacuais le stress. Mais c'est vrai que j'ai adopté une autre façon de régler tout ça, même si on le voit moins. Après, je reste celui que j'étais : je suis toujours aussi calme avant une course. Enfin, il m'arrive de les refaire... Mais tu sais, il ne suffit pas de faire quelques mouvements de yoga pour gagner des courses (rires). Ça serait trop facile..."

Sinon, que penses-tu de ce championnat ? Surpris par le retour de Cairoli.

"Pas vraiment. Tous les ans, on s'attend à ce qu'il soit devant. Il est comme Everts, quand il roule, c'est qu'il peut gagner. Quand j'ai remporté le titre, il s'était blessé. L'année dernière, Gasjer était plus rapide, mais cet hiver, il s'est bien entraîné, sans s'être blessé, donc je m'y attendais à ce qu'il soit là. Ce qu'il a en plus que nous, c'est son expérience énorme : il sait comment gérer une course selon son état de forme et son déroulement. Il sent s'il doit pousser, ou non. S'il est mal, il ne stresse pas alors que nous, nous aurions tendance à vouloir forcer tout le temps. Quitte à prendre des risques trop gros."

 

Interview : Romain Febvre

Est-ce que cette saison, avec l'arrivée d'un nouveau GP, est encore plus dure à encaisser physiquement ? 

" Une de plus, ce n'est pas ce qui va changer la donne. Par contre, il est vrai qu'avoir commencé avec quatre overseas, c'est trop. Pour les pilotes, les teams, c'est trop lourd en terme d'organisation... Il faudra que ça change car on risque de voir de moins en moins de teams s'aligner en Grand-Prix. Pour nous autres, le souci, c'est d'avoir enchaîner les déplacements en début de saison. Entre le Qatar et le Mexique, on a très peu roulé à l'entraînement et ça a été compliqué de se mettre dedans. Sans parler des décalages horaires, des changements de températures. A priori, ça changera l'année prochaine, comme on l'a vu sur le calendrier prévisionnel, c'est une bonne chose. "

Tu rouleras en SX en fin d'année.

" Je ne sais pas. Pour l'instant, les discussions n'ont pas commencées. Ce que je sais en revanche, c'est que je vais faire un break plus long que ces deux dernières années. Je n'ai pas assez stoppé, surtout entre 2015 et 2016, avec les sollicitations liées à mon titre. Je ne m'en plains pas, mais j'en ai un peu souffert ensuite."

Et sinon, que penses-tu de la nouvelle YZ-F 450 ? 

"On l'a testé l'année dernière déjà, en fin de saison. Enfin juste moi parce que Jeremy était en fin de contrat chez Yam et l'usine ne voulait pas qu'il roule dessus. Mais déjà, j'avais constaté une grosse différence avec l'ancien modèle, surtout en terme de maniabilité. Le nouveau cadre est bien plus compact. Quant au moteur, il correspond également bien mieux à mon pilotage. Il est plus doux en bas et a gagné en allonge.

Tu pourrais l'utiliser d'ici la fin de saison ?

" Non. Il y a beaucoup trop de développement à faire avant de s'aligner en GP avec une machine stock. Et le team préfère prendre le temps de la connaître parfaitement avant de s'embarquer dans cette possibilité."