Interview : Tim Gajser



"J'ai appris beaucoup de cette saison 2017."

Vincent B, photos VB et Honda

Interview : Tim Gajser

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas pour Tim Gajser, le champion du Monde slovène qui a vécu une année 2017 à l'opposé de la 2016, entre blessures et course en demi teintes. On a profité de la présentation de la Honda 250 CRF 2018 pour lui poser quelques questions, entre deux roulages supersoniques avec la nouvelle bombe rouge.

 

Par Vincent

 

Alors, heureux de cette saison 2017 ?

"Si je suis honnête, ce n'est pas la saison que je souhaitais. Mais c'est ainsi. C'est la loi du sport, ça peut arriver à tout le monde. J'ai été blessé et on sait combien il est difficile de rouler en cross sans être à 100% de ses capacités. J'ai enchainé pas mal de GP diminué et donc pas super performant. Mais c'est ainsi. Malgré tout, j'ai beaucoup appris de cette saison !"

Tu t'es blessé à l'épaule, c'est bien ça ?

" Non. C'était à l'omoplate. Je me la suis fracturée lors du GP d'Allemagne, en chutant en qualification. Ce n'était pas une grosse blessure, dans le sens sérieuse, mais j'ai mis du temps à la soigner car les médecins allemands n'avaient pas vu qu'elle était brisée. Lorsque je suis allé faire les radios de contrôle, ils m'ont seulement dit que j'avais pris un gros coup et que la douleur venait de là. Du coup, j'ai disputé la course et j'ai tenté de m'aligner en France, mais j'avais si mal que j'ai préféré rentrer chez moi après les essais pour repasser des radios de contrôle. Heureusement. Dès mon premier IRM, on m'a diagnostiqué cette fracture de l'omoplate. Bref, j'ai perdu deux semaines dans l'affaire."

Hormis cette blessure, tu penses que tu étais dans le coup cette année pour le titre ?

" Je pense que j'étais pas trop mal, oui. J'ai mené le championnat jusqu'à Kegums en Lettonie où je suis tombé. Mais sinon, ma vitesse était bonne et je me sentais vraiment bien, physiquement et sur la moto. D'ailleurs j'ai remporté les GP d'Argentine, du Mexique et j'ai fini sur le podium au Qatar et en Italie... Non, tout allait bien avant cette fracture. Ensuite, je n'ai pas réussi devant car j'ai roulé blessé. Quand tu t'alignes sur un GP avec des douleurs, tu ne peux être 100%. J'avais déjà si mal que j'étais incapable de me faire encore plus mal en forçant. J'ai appris ça cette année : quand tu es blessé, mieux vaut rester chez soi pour te soigner et revenir plus tard, que de rouler diminué."

Combien de courses diminué as-tu disputées ?

"Au moins 5 ou 6. Et c'était vraiment éprouvant. Je ne parle pas que de physique. J'évoque aussi le fait de ne pas s'amuser sur la moto. La course n'était pas fun et mentalement, c'était difficile à supporter."

La course n'était pas fun et mentalement, c'était difficile à supporter.

Il se dit que tu étais peut être moins motivé à l'idée de rempiler en GP alors que tu lorgnais déjà vers les US ?

" L'année dernière, tout est arrivé si vite, je parle de ce titre mondial MXGP, que moi même, j'étais un peu pris de court. Je ne m'attendais pas à être titré si rapidement, pour ma première année dans la catégorie, et c'est vrai que mon deal avec Honda prévoyait qu'en cas de titre, je pouvais partir en Amérique. Et c'est vrai ça m'a pris un peu de temps pour décider de rester une année supplémentaire en MXGP. Mais cette année, c'est plus simple. Je sais que je vais rester jusqu'à la fin de 2018 et qu'après, je partirai."

Interview : Tim Gajser

Que tu sois champion du Monde ou non ?

"Oui."

Alors, tu as découvert le supercross américain lors de la Monster Cup de Las Vegas. Un apprentissage douloureux...

" Oui. C'était une grosse chute. Mais ça restera une expérience fun. C'était ma première dans un stade américain et c'était vraiment surprenant. J'étais déçu de ne pouvoir finir la soirée, mais ma vitesse était bonne. Je me battais pour la troisième place et sans quelques petites fautes qui m'ont fait perdre mon rythme, j'aurais pu être encore mieux placé. Mais avec seulement deux jours d'entraînement SX à mon actif avant cette course, je suis content de ma prestation. Ce n'était si mal..."

 La piste de la Monster Cup n'est peut être pas si technique que celles du championnat américain...

" Je dirais que c'était surtout le cas les années précédentes où elles ressemblaient à des pistes de motocross sans trop d'enchaînements. Mais cette année, c'était différent. Lors du retour dans le stade et de l'autre côté, il y avait pas mal de sauts techniques qui s'enchainaient. Il ne manquait que des whoops pour que ça soit complet."

Ce n'est pas une faiblesse qui pourrait t'handicaper pour la suite de ta carrière de ne pas avoir disputé beaucoup d'épreuves de SX dans ta carrière ? Il faut être jeune pour apprendre le SX

" J'ai roulé en SX toute ma jeunesse. Mon père m'a toujours construit des pistes de SX pour que je m'entraîne et même pendant la saison de MXGP, je roule souvent dans la discipline. J'ai deux pistes perso, une de MX et une de SX. Bien sûr qu'il est important d'aller aux Etats-Unis le plus tôt possible pour apprendre le SX, mais avant de partir, il faut être totalement sûr de soi parce que vivre là-bas, ça entraîne beaucoup de changements. Il faut vivre là-bas, s'entraîner là-bas, ça change énormément de choses et il faut être prêt mentalement."

Cet hiver, tu as changé des choses dans ta préparation ?

"Oui. J'ai pris plus de temps pour me reposer, j'en avais besoin. C'est la première fois, en quatre années de Grand-Prix que je m'arrête réellement. J'ai roulé quatre années sans la moindre pause. Du coup, après la Monster Cup, je me suis pris deux semaines jusqu'au début novembre où nous avons commencé le testing pour l'année prochaine. Ça a duré deux semainee et ensuit, je suis rentré chez moi pour quelques nouveaux jours off. Et me voilà ici, sur la présentation des nouvelles CRF ! "

Et ton programme des prochaines semaines, c'est quoi ?

" J'attaque ma préparation physique pour l'année prochaine."

Ta moto changera beaucoup l'année prochaine ? Elle était déjà toute nouvelle cette année, donc ne devrait pas beaucoup évoluer...

" Non, on a pas mal de pièces nouvelles à tester. Elle changera pas mal même. Lors des deux semaines passées en Italie, on a essayé tout un tas de nouvelles choses, sur le moteur, comme le châssis. Et ça va vraiment dans le bon sens parce que je me sens vraiment bien sur ma machine. On a une bonne machine. Ne reste plus qu'à faire une bonne saison ! "

Un homme a surpris tout le monde cette année, Antonio Cairoli. Il t'a surpris également ?

" Pas vraiment. Je savais qu'il serait rapide car il avait eu de la malchance il y a deux ans avec ses blessures, contre lesquelles il avait bataillé l'hiver. Mais l'année dernière, il avait pu préparer sa saison dans les meilleures conditions et je savais qu'il serait rapide. Cette saison, il fut le plus régulier et il mérite vraiment son titre. Honnêtement ! Ce gars est une légende et je sais qu'on se respecte l'un l'autre.

Antonio est une légende.

C'est une légende ?!

"Oui, complètement. J'ai encore le souvenir de la première fois que je l'ai vu. C'était lors du congrès de la FIM à Monaco il y a quelques années. Je venais d'être titré pour mon titre européen en 65 et lui, pour son titre mondial MX2. De savoir qu'aujourd'hui, je me bagarre contre lui, c'est comme un accomplissement. Je peine à le croire. En plus, il est toujours simple, comme moi. J'aime ça, c'est un type normal, malgré ses neuf titres mondiaux."

Dernière question. Tu penses possible le retour de Ken Roczen ?

" Oui ! Il sera très fort. Je l'ai suivi sur Instagram et les réseaux sociaux et il m'a impressionné par sa force mentale. C'est très bon. Après une telle blessure, il te faut un tel mental de gagnant pour rebondir et je pense sincèrement qu'il remportera des courses à nouveau. Je l'espère en tout cas, surtout que nous sommes team-mates (rires)."

Sinon, on risque de te voir à Lacapelle Marival, pour le cross inter de début de saison ?

"Non, je ne pense pas. Je serai sur les deux premières du championnat italien de motocross, Riola le 4 février et Lentera, le 11, mais c'est tout. Le truc, c'est que je vais participer également à l'intégralité du championnat slovène, soit six courses supplémentaires, ce qui me fera une trentaine de courses à disputer dans l'année. Avec la Monster Cup, plus les Nations. C'est énorme et je suis forcé de sélectionner les épreuves les plus utiles au Mondial."