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Jason Anderson : L'art d'être au bon endroit au bon moment

Article ajouté le 12/02/2014

« 2014 est ma quatrième saison chez les pros. Je n’ai jamais été un Cianciarulo, ni un Carmichael ou un Stewart, ces types qui gagnaient tout au temps où ils étaient Amateurs. Mes années 85 ou 125 cc, personne ne s’en souvient, il n’y avait pas de quoi. Ce n’est qu’à partir du moment où j’ai roulé en 250 F que j’ai commencé à obtenir quelques modestes résultats.

De fin 2007 à fin 2009 j’ai été pilote support KTM chez les Amateurs et je pensais même passer pro avec la marque autrichienne : c’était l’époque où Tommy Searle était leur seul pilote officiel, mais les oranges ont alors connu une période de flottement et Kawasaki m’a offert l’occasion de rempiler pour une saison en Amateurs. Fin 2010, à son tour, le Team Green a subi quelques coupes sombres et l’équipe managée par Bobby Hewitt et soutenue par Rockstar a signé avec Suzuki. J’ai suivi le mouvement et j’ai donc effectué mes débuts chez les pros dans le team Rockstar-Suzuki, en tant que coéquipier du super espoir Ian Trettel, avec qui j’étais déjà très pote.

« J’étais démoli et j’ai pensé à tout arrêter »

Tous deux rookies en championnat Est sous la même bannière début 2011, nous étions plus proches que jamais quand, à Daytona, Ian a eu cet affreux accident. Victime d’un méga-trauma crânien, il a passé près d’un mois dans le coma et cette blessure a mis fin à une carrière qui s’annonçait formidablement prometteuse. Inutile de préciser que j’ai très mal vécu ces instants tragiques : quand votre équipier, un grand ami qui plus est, est aussi grièvement blessé, vous êtes forcément terriblement choqué. Vous vous mettez à gamberger, à réfléchir plutôt deux fois qu’une quant à la suite à donner à votre carrière sportive, et à votre vie, tout simplement… J’étais démoli et j’ai pensé à tout arrêter. J’étais complètement perdu !



Puis j’ai fini par réaliser que le motocross restait plus que tout au monde ce que j’avais envie de faire et, petit à petit, j’ai repris l’entraînement, je me suis remotivé et j’ai fini par signer à nouveau quelques résultats à peu près honnêtes en fin d’année. Ce qui a incité le team à me conserver pour la saison suivante. Alors je me suis jeté à corps perdu dans l’entraînement, j’ai bossé comme jamais, moi qui n’étais vraiment pas très assidu auparavant. Me voyant me mettre au boulot à ce point, sans craindre de donner toujours plus lors des séances de testing, accumulant les charges de travail et, en conséquence, progressant de manière assez sensible, l’équipe a apprécié, elle m’a davantage soutenu et, résultat de cette espèce de cercle vertueux, j’ai signé quelques bonnes perfs en fin de championnat outdoor, un premier top-5 en manche, des top-ten au général et, cerise sur le gâteau, une présence permanente aux avant-postes lors de la finale à Pala, ce qui représentait tout de même un drôle de pas en avant pour un gars comme moi qui, faut bien le dire, arrivait de nulle part…

« Si tu as choisi d’en faire un métier, si tu veux réussir, pas de répit, c’est sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! »

J’ai donc signé un nouveau contrat pour 2013, ayant enfin compris une fois pour toutes qu’il fallait, d’une, bosser comme un lion pour réussir et que, deuxio, je devais mettre de côté, dans un coin de mon esprit, cette sorte de réticence qui me hantait depuis le crash de Ian. J’avais pris conscience qu’au fond cela valait le coup de tout donner pour faire ce que l’on aime vraiment ! J’ai pigé aussi que courir, ce n’est pas seulement aller vite à moto, c’est aussi, c’est le plus important, être en forme et en confiance… Lorsque tu as intégré tout ça, si tu bosses comme un dingue, ça doit marcher. La condition expresse, c’est de vivre à 100% pour la course : si tu as choisi d’en faire un métier, si tu veux réussir, pas de répit, c’est sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! Car ton corps, ton physique, c’est la base de ton job. Il y a aussi ton cerveau, bien sûr mais, en tous cas, si tu n’es pas à 100%, tu n’as aucune chance d’y arriver.



Bien préparé, en 2013 j’ai assez vite obtenu des résultats : premier podium en SX à Oakland, première victoire en outdoor à Salt Lake City, devant Roczen et Tomac qui bagarraient pour le titre ! Ce jour-là, j’en ai épaté plus d’un… Oui, c’est l’an passé que tout s’est mis en place : j’avais mûri, je disposais de bonnes motos et le fait de rouler devant m’a apporté la confiance dont j’avais besoin. J’aurais d’ailleurs pu faire encore mieux, si je n’avais connu autant de désillusions au niveau des départs. Car si tu n’attrapes pas tout de suite le bon wagon, la tâche est insurmontable…



C’est pourquoi j’ai pris pour une bénédiction le fait que le team passe sur KTM : avec du boulot spécifique et les chevaux de la 250 SX, je savais que mon problème serait en partie résolu. Pour moi qui connaissais déjà la marque, c’était comme un rêve qui se réalisait : j’allais disposer de la meilleure moto du plateau ! Ah, ce moteur… J’ai retrouvé un ingénieur avec qui j’avais déjà travaillé à l’époque des Amateurs, un vrai sorcier ès-KTM qui sait faire des moulins qui envoient grave, un bonheur total. Par ailleurs, personnellement, j’ai encore progressé, persuadé que la vraie force, c’est d’être à 100% du premier au quinzième tour de la finale, ce dont je sais que désormais je suis capable. Non seulement c’est une réalité, mais de plus j’en suis tout à fait conscient, autrement dit, je me sens très fort. Moi qui en 2011 étais cuit dès la mi-course, j’ai fait de ma condition physique toute ma science.

« Voilà comment j’ai réussi mon début de saison, en ne lâchant jamais rien, rien de rien, en allant même chercher des succès qui a priori n’étaient pas pour moi ! »

Voilà comment j’ai réussi mon début de saison, en ne lâchant jamais rien, rien de rien, en allant même chercher des succès qui a priori n’étaient pas pour moi ! Je ne me suis jamais avoué battu, même quand à A1 puis à Phoenix Cole (Seely) semblait plus vite que moi. Ou quand, à Oakland, Dean (Wilson) m’avait légèrement distancé… A Oakland, j’étais tellement remonté à cause des quatre points envolés sur le tapis vert une semaine plus tôt… C’était ma faute, mais ça m’avait tué de perdre la plaque rouge dans ces conditions. Et là, alors que cette course paraissait promise à un autre, la chance m’a souri : cela dit, j’aime à répéter que c’est parce que j’étais au bon endroit au bon moment ! Trois fois déjà j’ai retourné la situation et je me suis imposé dans le dernier tour : sans doute ai-je bénéficié d’une certaine réussite, mais surtout j’étais là, au bon endroit, au bon moment, en y ayant toujours cru. A moi désormais de conserver cet état d’esprit de guerrier, toujours à l’affût, jusqu’à la fin du championnat… A Oakland, quand Dean a connu un souci mécanique, que je l’ai passé, j’ai eu un doute, une demi-seconde peut-être j’ai pensé : « Non ! N’ai-je pas encore une fois fait un truc que je n’aurais pas dû ? ». Et puis j’ai compris que tout était OK, que j’allais remporter un troisième succès : c’était dingue ! Je vais dire qu’en quelque sorte j’ai l’art de me retrouver en position favorable, si l’on veut. J’aimerais mieux mener mes courses de bout en bout, sans aucun doute : oh, ça me plairait, juste pour voir ! Non, je plaisante : c’est le résultat qui compte, n’est-ce pas ?



Après San Diego le championnat Ouest fait une longue pause, je vais en profiter pour rentrer au Nouveau Mexique fêter mon anniversaire (Ndlr : Jason est né le 17 février 1993), puis j’aurais bien aimé disputer les épreuves à l’Est sur une 350, comme Roczen l’a fait l’an dernier sur certaines courses mais, vu ma position au championnat, le team n’aime mieux pas tenter le diable, ils trouvent plus prudent de s’abstenir. Dommage : ça m’aurait beaucoup plu, car entre les chronos réalisés par les top-pilotes 250 et le fait que la 350 diffère très peu de ma deux-et-demie, je pense que, sans complexe aucun, j’ai les moyens d’aller chatouiller les big boys… Tant pis, je vais avoir du temps pour préparer l’outdoor ! Et, avec la confiance acquise en ce début d’année en SX, ça devrait pas trop mal se passer en MX. Je suis d’ailleurs persuadé que, sur la KTM, je serai même plus à l’aise qu’en supercross ! L’an dernier, faute de bonnes envolées, j’ai gaspillé beaucoup d’énergie en début de manches, du coup j’étais parfois un peu cramé en fin de course. Entre la puissance de la KTM et la façon dont j’ai pu progresser depuis lors, je pense être en mesure d’accrocher le bon wagon dès le départ, rouler devant et ainsi me positionner en « titrable » possible fin août prochain, si tout va bien… »

Photos copyright Simon Cudby / KTM Rockstar

 
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