SX US

Le Feuilleton à Tonton Riton : Trey Canard, le très poissard.

Article ajouté le 28/04/2017

Ingrat, dites-vous ?

Salut les p’tits n’veux ! Le motocross est un sport génial. Tous, vous le savez tous comme moi. C’est pourquoi, lorsqu’on y a goûté, il est si rare de vouloir s’en détourner à jamais… Au bord d’un circuit, simple spectateur ou, mieux encore, au guidon d’une moto, on goûte aux sensations les plus fortes, on obtient les satisfactions les plus intenses, on ressent les émotions les plus belles qui soient. Mais, toute médaille a son revers et, là non plus je ne vous apprendrai rien, on parle d’une activité qui n’est pas sans danger.

Aussi superbe fût-elle, notre discipline de cœur (et de vie) sait parfois se montrer terriblement cruelle. Ce qui, bien sûr, contribue encore à sa grandeur. Toujours est-il qu’on évoque souvent l’ingratitude du sport moto. Le terme paraît presque faiblard, tant le motocross, brutal par essence, n’hésite pas à violenter ses adeptes. A tel point quelquefois qu’on dirait même qu’il est soumis à la loi des séries (voire à la loi de Murphy, celle de l’emmerdement maximum !), comme si la fatalité s’acharnait sur certaines de ses victimes. Tenez, prenez Trey Canard, par exemple…

 

 

Notre sport favori est décidément merveilleux : nous nous faisions la réflexion, un complice et moi-même, dimanche dernier en fin de journée, ravis d’avoir passé un formidable week-end. Pensez, nous avions assisté dans l’après-midi à un GP d’Europe tout à fait réjouissant, en catégorie reine en particulier (et que dire de l’épreuve précédente marquée par l’époustouflante prestation d’un Antonio Cairoli de légende !) après, la nuit précédente, une finale de supercross US à Salt Lake City qui avait atteint des sommets, comme une apothéose d’un championnat 2017 d’ores et déjà historique (et ce n’est pas fini !)…

 

Oui, c’est cela : parfaitement réjouis, bien aise comme on eût dit d’Encycloédistes des Lumières (Le Breton – un ancêtre ? – était un contributeur, fidèle collègue de Diderot, mais je m’égare…), nous remarquions en nous félicitant que ni l’âge de nos artères, ni le temps qui passe ne faisaient rien à l’affaire. Que nous avions beau avoir observé, depuis tant et tant d’années, des centaines, des milliers de courses, de grilles qui s’abaissent, de premiers virages inattendus encombrés de chutes collectives, d’impressionnants cavaliers seuls, de sévères bagarres à couteaux tirés, de trajectoires magiques et d’enchaînements inédits, de remontées d’outre-tombe, de ratages magnifiques, de duels ô combien acharnés ou de victoires sur le fil, d’un quart de crampon, jamais le charme ne s’était rompu. La magie du motocross opérait toujours et encore ! Et de grandes et belles courses comme celles du week-end dernier faisaient allègrement oublier, sans aucun regret ni le moindre scrupule, toutes ces autres manches sans intérêt, ces cavalcades soporifiques, ces « kermesses » comme il en existe aussi de temps à autre, qu’on s’était farcies sans trop broncher. Après tout n’est-ce pas la médiocrité qui permet de mesurer la vraie grandeur ? Bref, on peut en avoir « bouffé » tant et tant, c’est bluffant comme on s’enflamme toujours au quart de tour. Exactement, le coup d’œil aiguisé en plus, ainsi qu’une certaine prestance (mais est-ce là le mot juste ?), comme l’ado qu’on a été autrefois, celui qui découvrait bouche bée les exploits de ses héros de jeunesse (pour ma part je citerai, aux alentours de 1968 ou 69, messieurs Porte, Vernier, Bacou, Queirel et autres Broutin, c’était avant de m’ouvrir à l’international grâce à des stars venues de Suède, de Belgique et d’outre-Manche)…

 

Mais, ce n’est pas un scoop, ce sport qu’on aime tant n’est pas toujours tendre avec ceux qui le pratiquent, loin de là. Qu’ils roulent pour s’amuser ou qu’ils en aient fait leur métier. Et chez les Pros, d’aucuns ont souffert, souffrent ou souffreront dans leur chair plus souvent qu’à leur tour. C’est pourquoi, je l’avoue, j’ai été quelque peu choqué en apprenant la nouvelle, mercredi. En voyant ce type, sans doute l’un des meilleurs pilotes de la planète, faire une fois de plus les titres… Problème : ces dernières saisons son nom fut davantage évoqué au rayon infirmerie, case fractures et opérations chirurgicales en tous genres, à longueur de bulletins de santé, plutôt que pour saluer ses performances sur le terrain. Trey Canard. Tout un poème. Sorte de figure de proue de « ceux qui morflent » !

Après avoir passé trois saisons chez Factory Connection/Geico en 250, rouge de cœur il a accédé à l’échelon supérieur au sein de l’équipe officielle American Honda et y est demeuré de 2011 à 2016 inclus. Conservant malgré ses malheurs une bonne cote sur le marché il a été à l’automne dernier embauché par KTM Red Bull aux côtés de Dungey et Musquin. Mais, pour l’heure, cette année 2017 présente tous les aspects d’un calvaire : blessé à une épaule dès la première épreuve du championnat SX à Anaheim, il est revenu aux affaires lors du sixième round au Texas mais, absent à Toronto et Daytona, il a annoncé au soir de Detroit qu’affaibli par un virus il mettait fin à sa saison de supercross. Et donnait rendez-vous à Hangtown, fin mai, pour l’outdoor. Ainsi a-t-il donc participé à six épreuves, avec une huitième place pour meilleur résultat à Minneapolis. Là-dessus on apprenait donc que le pilote KTM s’était cassé une clavicule la veille en s’entraînant sur le circuit de Pala en Californie ! Bien sûr, pensera-t-on, qu’est-ce qu’une « petite » clav’ au vu du dossier médical du bonhomme ? A quatre semaines à peine de l’ouverture, près de Sacramento, ça risque d’être un peu juste, évidemment. Mais peut-être TC 41 pourra-t-il encore malgré tout sauver sa saison ? Même si la note commence à devenir un peu salée… OK, le natif d’Elk City, bled de l’état d’Oklahoma au bord de la fameuse Route 66, est un fervent chrétien, optimiste par nature. Marié à Hannah (non, pas Bob ! C’est le prénom de sa femme, Hannah : Hannah Canard), Trey vit en respectant les principes de la Bible et répète à l’envi qu’il est conscient d’être « béni » de pouvoir mener l’existence qui est la sienne, en ayant fait de sa passion son métier. Mais si à force, bien qu’apparemment 100% inoxydable, l’esprit finissait, comme le corps, par se lasser d’être si souvent mis à mal…

Pourtant quel talent ! Découvert dans les rangs des Amateurs comme la plupart de ses compatriotes, à Loretta Lynn’s en particulier où il a brillé à partir de 2004 (il est né en 1990), remportant des finales majeures les trois années suivantes, il est passé Pro fin 2007, engagé par Honda Factory Connection. Et tout de suite il a explosé au plus haut niveau, puisqu’il a d’emblée remporté le championnat Supercross 250 Est 2008. Un exploit qui lui permettait de rejoindre Chad Reed, notamment, dans le club très fermé des rookies qui ont su s’imposer dès leur première tentative en SX ! Puis en 2010, outre sa troisème place au classement final du championnat Lites Ouest, on se souvient surtout de son duel avec Christophe Pourcel en championnat MX AMA 250, une lutte de titans terminée en apothéose pour le gars de l’Oklahoma, titré à Pala Raceway. 2010, année mémorable pour Canard, de la partie au Motocross des Nations dans le Colorado en compagnie de Ryan Dungey et Andrew Short où il a offert à son pays chéri son vingt-et-unième succès dans l’épreuve sur vingt-deux à ce jour (record).

 

Ainsi, en pleine bourre, à 20 ans, « Turbo Trey » (personnellement je préfère le francophile « Very Duck ») montait-il en cylindrée supérieure la saison suivante, comme de juste. Ayant signé un bon contrat avec American Honda, il rejoignait le saint des saints, fidèle à sa marque de toujours. Ses débuts en catégorie reine se déroulaient d’ailleurs mieux qu’honorablement, avec trois victoires, une pelletée de top-5 et le cinquième rang final au championnat SX 2011… Tout en ayant raté les trois dernières courses, tout de même. Et en outdoors, à peine de retour de blessure (fémur), il se repétait un fémur à Washougal ! Depuis, tout est devenu, euh, plus compliqué… En gros, disons qu’à son crédit on peut toutefois citer sa saison 2013 (sixième SX et quatrième MX, non sans quelques podiums de part et d’autre) et ses championnats MX 2014 (troisième, avec onze podiums, dont quatre victoires de manches et le général en Utah) et SX 2015 (sixième, non sans avoir loupé six épreuves, mais avec cinq podiums dont deux succès). Et pis, et pis c’est tout : le reste du temps des blessures ont plus que parasité sa carrière, elles ont franchement tout bousillé, jusqu’aux jours d’aujourd’hui.

 

Chaque année, si l’on excepte la belle époque des débuts chez les Pros, 2008 et 2010 (car en 2009 il y a eu un poignet dans le sac), ainsi que l’exercice 2013, on l’a vu contraint de déclarer forfait à plusieurs reprises, de manquer quelques épreuves voire tout un championnat. Et n’allez pas croire que le garçon est douillet, non ce serait plutôt l’inverse, on tient un dur au mal. Car pour morfler il a morflé, le TC 41 ! Dos, épaules, jambes, bras, son squelette a dû subir un paquet de fois la caisse à outils du chirurgien, tout comme son épiderme avec pas mal de centimètres de coutures à la clé…  

Non, la vie du rouquin n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Oh non ! Né dans une famille d’amateurs de sport moto, il a très jeune tâté du guidon et montré des facultés quant au pilotage. Mais à l’âge de 13 ans il a perdu son père dans un affreux accident tandis que celui-ci était en train de lui bâtir une piste. Un tel événement a naturellement eu sa part dans la maturité précoce du garçon, renforçant sa détermination, aiguisant sa volonté de réussite, en hommage à son géniteur. Sa devise, affichée en gras et en corps 48, apparaît en page d’accueil de son site www.treycanard.org et elle dit tout !

The one thing I can guarantee is my effort. I always put in 100% !

Effort garanti, toujours à 100%. C’est bien la marque du Canard. Evidemment, on souhaite au « Duck » un prompt rétablissement, selon la formule consacrée. Qu’il retrouve toutes ses capacités physiques au plus tôt et surtout qu’il cesse un peu (deux minutes au moins ! Non, sérieux, allez, quelques mois !) de se mettre par terre…

 

 Tant que nous y sommes, saluons au passage deux autres « grands brûlés » du motocross US. Bien entendu le pépin physique sévère n’a rien d’une caractéristique exclusivement américaine, le cross européen recensant lui aussi son lot de vilains crashs, mais il faut reconnaître (d’ailleurs les intéressés sont les premiers à le concéder eux-mêmes) que le supercross tel qu’il est pratiqué aujourd’hui outre-Atlantique s’avère sensiblement plus dangereux que l’outdoor. N’est-ce pas en SX justement que les deux hommes dont les noms suivent ont été accidentés ?

 

Le second couteau (ce n’est surtout pas une insulte !) Jimmy Albertson, vu en GP voici quelques saisons (il a d’ailleurs épousé la Britannique Georgia Lindsay, ex-speakerine sur le network officiel mxgp-tv), a été victime début mars à Daytona d’un bien vilain crash. Durement touché aux vertèbres, il a frôlé la paralysie, avant d’être dirigé vers un grand spécialiste californien qui a mené une opération extrêmement délicate afin de lui donner les meilleures chances de complète guérison. A première vue « Top Jimmy » semble sur de bons rails… Hum, c’est le cas de le dire !

 

Et bien sûr, pour finir, il serait impensable de ne pas aborder le cas Ken Roczen. Kenny ne manque jamais d’informer ses fans via les réseaux sociaux et cette semaine il a expliqué qu’avec la… onzième opération qu’il vient de subir il devrait en avoir terminé avec la chirurgie… Il s’agissait là de lui greffer un morceau de cartilage (provenant d’un donneur décédé) au niveau de l’épaule afin de rendre au bras toute sa mobilité. Une évolution qui doit aussi permettre de retrouver le plus rapidement possible du volume musculaire. Bon, dites voir, onze fois de suite Kenny est passé sur le billard : je ne suis pas un spécialiste, mais je n’ai pas souvenir d’une telle quantité d’interventions pour une même blessure, en l’espace de trois mois. Stakanhovisme chirurgical ? En tous cas un K-Roc’ blessé, de même qu’un K-Roc’ pilote ou tout simplement un K-Roc’ au quotidien, ça ne plaisante pas, c’est à donf’, partout, en permanence ! Sur ce, l’Allemand a prévu d’enchaîner en allant faire un tour en Europe, car il y a longtemps qu’il n’est plus revenu dans son pays natal. Et il s’en réjouit : « Je suis tellement heureux d’en avoir fini avec la chirurgie ! Ce cartilage, c’était la dernière pièce du puzzle et maintenant je vais pouvoir vraiment tout donner au plan de la rééducation. Je suis ravi de partir en vacances en Allemagne, accompagné de ma fiancée, pour qui ce sera une première. Je vais pouvoir poursuivre la thérapie pendant la durée du voyage, tout est d’ores et déjà prévu en ce sens. Et ensuite en rentrant je mettrai carrément les bouchées doubles ! ».

 

Vollgas !

Eric Breton, photos KTM
 

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