Anaheim II 2016 et ce qu'on peut en dire



Par Ganjaman - photos copyright Simon Cudby & Constructeurs

Anaheim II 2016 et ce qu'on peut en dire

Des bons gros whoops à l'ancienne, deux enchaînements bien techniques avec plusieurs possibilités équivalentes, des ornières longues comme un jour sans fromage et un départ qui tourne à droite, il n'en fallait pas plus pour passer une fucking bonne soirée à Anaheim II. Du coup, les vainqueurs ont beau être les mêmes que la semaine passée, on ne s'est pas ennuyé une minute.

La vraie star de la soirée, c'était bel et bien le terrain. Difficile, pour utiliser un doux euphémisme... La série de whoops après la partie sable, notamment, avait l'air particulièrement chaude, avec des bosses à la fois hautes et pointues. Ce qui offrait peu de droit à l'erreur, comme on l'a vu toute la soirée avec des tôles à la pelle. Dont celle qui cloture le rêve américain d'un Maxime Desprey qui commençait à trouver sa place dans ce championnat. Fémur pété et une saison de foutue, bienvenue en SX US... Ce sport est vraiment cruel. Courage à Max et au team Bud Racing. Un tel terrain à l'avantage de séparer « the men from the boys », comme on dit là-bas. Sûr que quand on voit des pilotes du calibre de Weimer rentrer dedans en faisant 2/2/2, on se dit qu'il doit quand même y avoir soucis.

Qu'on l'aime ou pas, il faut bien reconnaître que Ryan Dungey donne une image plus propre à notre sport que ce bourrin de Peick, par exemple...

Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir dire sur Dungey s'il continue sur cette lancée ? Deux courses, deux départs devant, deux victoires avec une marge d'avance plus que suffisante. Et hop, juste comme ça, le Dunge compte déjà un chouette petit tapis de 13 points d'avance au provisoire sur son dauphin Chad Reed. Bon départ, aucune erreur, une bonne vitesse... Il s'est même permis de faire le show sur le dernier triple avant l'arrivée, chose assez rare pour être signalée. Avant de penser en premier lieu pendant son interview d'après course à un enfant de sa connaissance malade du cancer dans son lit d'hopital. Il ne lui restait plus qu'à effectuer une petite manœuvre de Heimlich vite fait sur un spectateur qui aurait avalé son hot-dog de travers pour réaliser le grand chelem... Qu'on l'aime ou pas, il faut bien reconnaître que ce type donne une image plus propre à notre sport que ce bourrin de Peick, par exemple...

 

Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir dire sur Dungey s'il continue sur cette lancée ? Deux courses, deux départs devant, deux victoires avec une marge d'avance plus que suffisante.

Gros whoops et enchaînements costauds, on doit pouvoir compter sur Chad Reed. Effectivement, Chad a une nouvelle fois pris un bon départ et a su gérer suffisamment bien sa course pour s'offrir son 129e podiums en SX. 129 ! Là, ça commence à causer sévère, quand même ! Et voilà notre gars qui, à 34 ans, prend la seconde place du provisoire. Fort. Reste à le voir partir devant, histoire de juger de sa capacité à tenir la distance. À un moment, il a en effet semblé baisser un peu physiquement, mais sa capacité à dribbler les whoops et son top 3/3/3 dans l'enchaînement qui suivait la série de whoops « facile » lui ont permis de garder cette belle deuxième place. Ça, et aussi un peu la chute de Tomac. Et l'erreur avant ces mêmes whoops de Roczen. Bref, quoiqu'il en soit, Reed est dans la place. Sans même parler de la Yam d'usine, qui paraît très au point. En tout cas, à l'image.

Ken Roczen signe enfin un premier podium. Un poil heureux, certes, mais il a su créer sa chance. Il a la vitesse, mais il ne peut pas se permettre de tels départs en finale, c'est aussi simple que ça. Avec la machine Dungey qui enchaîne les tours comme un métronome, devoir se débarasser des Weimer, Peick et autres prend trop de temps, tout simplement. Bizarre, quand même, cette histoire de départ pour un gars qui est parti devant toute sa carrière. D'autant qu'il avait réussi celui de la heat... M'étonnerait pas qu'il grille quelques cloches de plus à l'entraînement cette semaine.

Ça y est, le vrai Eli Tomac est de retour ! Enchaînement différent des autres (celui avant le virage en sable), attaque maxi, glissade de l'avant, sucettes dans les whoops... Un concentré d'ET sur cette course, avec le meilleur tour à la clé. Par contre, j'aimerais bien avoir une caméra isolée sur lui pour comprendre comment il est passé de quasi-dernier au premier virage aux environs de la huitième place après juste le premier enchaînement. Ok, il était bien placé à l'intérieur, mais c'est quand même fort balaise. ET est passé à une glissade seulement d'une belle seconde place, et signe sa troisième 4e place d'affilée. Au moins, il est régulier, ce qui n'est déjà pas mal pour l'instant. De toutes façons, le championnat ne commence qu'après Daytona, non ?

Anaheim II 2016 et ce qu'on peut en dire

Ce Anaheim II n'était pas celui d'Anderson. C'est sur ce genre de terrain qu'on voit que le SX est aussi et surtout un sport d'expérience. Rapide, certes, mais loin d'être au-dessus du lot (moins vite en finale que Musquin, par exemple), il a fait ce qu'il a pu pour aller chercher le top 5 sur un terrain qu'il était obligé de respecter, pour une fois. Parce que là, pas question de se mettre une fois court une fois long, il fallait retomber dans les réceps'. Plus habitué, Jason... Ça reste une performance de qualité qui lui permet de ne pas perdre trop de points sur son partenaire d’entraînement. N'empêche, il va falloir réagir. Et surtout mieux partir que 12 (après les whoops) pour espérer retrouver le podium, parce que les quatre qui sont devant, là, risquent de s'y installer...

Même constat pour Seely que pour son pote JA21 au niveau du départ. Un Jason qui, d'ailleurs, l'a encore tassé dès le premier tour. Du coup, Cole ne l'a jamais revu. De l'importance du premier tour... Belle remontée quand même, mais comme on est gourmand, on attend mieux de lui maintenant. D'autant que la technicité du terrain paraissait à son avantage, sur le papier. Mais, en fait, non. Ou pas tant que ça, en tout cas.

Trey Canard ayant connu une soirée canardesque, voilà le deuxième titrable potentiel à exploser en vol après JS7. Après deux courses, surtout. Ça ne fait pas beaucoup. Du coup, le top 7 des galactiques est réduit à un top 6. Et encore une fois, on les retrouve devant. Hasard ?
Davi Millsaps a une nouvelle fois prouvé la théorie des KTM qui partent devant. DM18 a montré qu'il savait rouler en SX, avant de sérieusement « jeter l'ancre ». Ah, le Davi, la salle de sport, ça n'a jamais été son truc, mais il y a des jours où ça se voit plus que d'autres. Du coup, il s'est contenté de ramener tout le monde à bon port, tranquille. En s'assurant, au passage, de ne pas gêner Dungey (il sait qui signe les chèques), mais en s'assurant également de ne pas se faire croquer par son coéquipier Brayton (il sait qui signe les chèques). Il est le premier « non galactique », ça suffira pour sa soirée. Bref, tout bénéf. De quoi intéresser les teams un an de plus ? Pas sûr, mais encore une ou deux courses comme ça et c'est probable. Faut savoir choisir ses batailles...

Justin Brayton fait, mine de rien, un solide début de saison. 10/10/8 dans ce genre de plateau, ça cause un peu. Moyennement parti à A2, il a enchaîné les tours solides pour s'offrir son meilleur résultat. Lui aussi devrait se rapprocher du top 5 rapidement, surtout si l'hécatombe de blessés continue. Parce qu'après trois courses, le plateau commence déjà à s'amenuiser. JS7, Barcia, Tickle, Bogle et maintenant Dean Wilson qui s'est fait les ligaments du genou... ça doit causer SX aux urgences.

Les français n'ont une fois encore pas été à la fête. CP377 a fait du CP : deuxième temps aux qualifs, très moyen en semi, avant une belle sortie de grille en finale. Mais comme il n'avait visiblement pas l'intention de forcer le destin avec un extérieur de folie (certes risqué...), il s'est contenté d'un superbe premier virage d'enduriste, dont il est sorti bon dernier. Enfin, non, pas vraiment, puisque Marvin Musquin était derrière, occupé à délivrer sa Katé d'une botte de paille amoureuse. Marv' a au moins fait semblant de revenir, contrairement à Cri. Vivement le round 7. Pour revenir sur Marv', il ne paraît pourtant pas manqué grand chose. De l'agressivité, c'est sûr. JA21 doit encore bien se marrer de la façon dont son pote l'a laissé passer en semi. Et après, pourquoi ne pas profiter de cette course sans enjeux pour essayer de le suivre ? Au moins quelques tours, non ?

À part ça ? Weimer, bien une nouvelle fois. A tel point qu'il récupère la Suz/RCH de Tickle pour toute la durée du SX. Je ne sais pas ce qui est arrivé à Peick, bien présent après un bon départ. Lui aussi à jeter l'ancre, mais difficile de lui en vouloir quand on voit l'énergie qu'il y met. L'anti-CP, en somme. Deuxième finale pour Lawson Bopping l'australien, et première de la saison pour le revenant Jeff Alessi et Dakota Tedder.

Et sinon, ça dérange personne à la FIM/AMA que Mike Alessi se contente de passer à côté des whoops quand il prend un tour ? Au début, je pensais qu'il allait abandonner, mais non. Il termine à une très correcte 13e place. On peut donc choisir les obstacles à éviter en SX US?

Encore plus jouissive que la course 450, la finale 250 a offert la plus belle bagarre depuis des lustres grâce à Cooper Webb et, surtout, Christian Craig. Le fils de Mike a enflammé Anaheim 2. Déjà, en heat, il a réussi un exploit rare : partir derrière Cooper Webb, le doubler à la régulière et rester devant. Grâce, encore une fois, à cette fameuse série de whoops dans laquelle CC rentrait à Mach2. Le boost de confiance procuré par sa victoire en série a fait des miracles. Parti en tête en finale, il n'a manqué qu'un peu de physique (et de vitesse en virage) à Craig pour garder cette place jusqu'au bout. Il n'empêche, Webb s'impose une nouvelle fois, après quelques tours de folie et des « recoupages » de virage d'un autre monde de la part de Craig, qui ne s'est pas avoué vaincu tout de suite. Et quel régal de le voir évoluer. Propre, debout dès que possible, ce type a vraiment la classe. Après deux ans sans SX à faire un vrai boulot, c'est quand même très fort. Par contre, ça fait bizarre de voir un pilote 250 avec son fils sur le podium ! Pour revenir à Webb, son « wheel tap » dans l'enchaînement costaud était beau à voir et, surtout, bien plus rapide que ce que faisait les autres. C'est là qu'il se rapprochait de Craig à chaque passage et a su faire la différence.

 

Par sa ténacité face aux attaques de Cooper Webb (#1), Christian Craig (#38) a offert une fin de finale 250cc spectaculaire !

Zach Osborne est l'autre homme fort de la catégorie. Il a profité du jeu au chat et à la souris du duo de tête pour revenir, et même déposer un Craig à l'agonie physiquement pour prendre la seconde place. Mais il va falloir trouver de la vitesse pour contenir Webb...
Etant donné l'intensité de la course devant, on n'a pas beaucoup vu ce qu'il se passait derrière. Savatgy est bien remonté après sa chute dans les whoops, Decotis et Smith sont rapides mais brouillons et Nichols est encore une fois celui qui fait le plus avec le moins.

Intéressant, ce choix de remplacer Daniel Baker par l'australien Luke Clout dans le team Suzuki/MAD Racing. À peine débarqué de l'avion, il gagne le LCQ avant de terminer à une honnête 14e place en finale. Première tentative, première finale. À comparer avec les soucis de notre Do national, auteur d'un magnifique back-flip heureusement sans gravité et toujours sans finale au compteur. Dans la hiérarchie SX, l'Australie a largement déposé la France. Faudrait peut-être refaire des terrains plus durs en SX Tour ?

La semaine prochaine, on devrait retrouver James Stewart au départ. Une bonne nouvelle, en attendant les retours de Baggett et Short qui devraient apporter encore un peu plus de profondeur au plateau. C'est quand même bon, le SX US.

Commentaires

Comme d'hab, merci pour le coup d'oeil Solexine ! Juste un bémol, je vois (mal je sais) pas pourquoi tu cites un Brayton se rapprocher du Top 5 quand Roczen est pas encore dedans au championnat. 2014 est loin pour Justin et je pense que le RDC's band va donner à MM25 les "solutions" qu'il lui faut cumuler pour être cet homme ...

Bien vu Ganja, et d'accord avec toi, le SX US c'est vraiment trop bon...

Top! Je kiffe le SX US...et tes race reports! thx ;-)

Magnifique et pertinente analyse d'un grand spécialiste, à n'en pas douter.

Dommage, quelques petites coquilles à ce beau texte.

... qui cloture... (clôture)

Un tel terrain à l'avantage de séparer (a : verbe)

dans son lit d'hopital. (hôpital)

s'offrir son 129e podiums en SX. (podium sans "s")

Bref, quoiqu'il en soit (quoi qu'il en soit)

devoir se débarasser des Weimer, Peick (débarrasser)

De toutes façons (de toute façon : singulier)

Les français n'ont une fois encore pas été à la fête (F majuscule, ici ce n'est pas un adjectif, mais un nom propre)

Marv', il ne paraît pourtant pas manqué grand chose. (manquer)

cette course sans enjeux (sans enjeu : invariable)

Lui aussi à jeter l'ancre (a : verbe)

Deuxième finale pour Lawson Bopping l'australien (Australien : ce n’est pas un adjectif, mais un nom propre)

bien plus rapide que ce que faisait les autres. (faisaient : le sujet est ici au pluriel)

remplacer Daniel Baker par l'australien Luke Clout (Australien : ce n’est pas un adjectif, mais un nom propre)

Mais j'adore le fond, les remarques d'insider, le style alerte et tout, et tout...

Merci mon bon monsieur.