Arlington et ce qu'on peut en dire



Par Ganjaman - photos copyright Simon Cudby

Arlington et ce qu'on peut en dire

Enfin ! Depuis le temps qu'on espérait cette bataille entre les deux poids lourds du championnat, on a enfin fini par l'avoir ! Et si Ken Roczen a remporté une bataille, la guerre est loin d'être terminée. Tant mieux pour nous !

Après une bonne série de beaux circuits, le terrain d'Arlington ne m'a pas semblé très intéressant. Quelques enchaînements sympas, certes, mais au final peu de possibilités de doubler. A moins de s’appeler Marvin Musquin, s'entend, mais on y reviendra plus tard.
Commençons par le commencement, et cette superbe victoire de Ken Roczen. Pas une victoire à l'économie, loin s'en faut. Parce que contenir Dungey V.2016 pendant vingt tours, voici le genre d'exploit qui vous pose un pilote. De quoi faire taire ceux qui pensent qu'on ne peut avoir la caisse qu'en passant son temps à la Baker Factory. «  En me levant, je me suis dit que j'allais gagner ce soir », aurait déclaré notre gars. Moi, en me levant, je sais que je vais prendre un café, ça ne va guère au-delà. Ces champions sont décidément hors normes. Ainsi, Kenny a réalisé la soirée quasi-parfaite. Bons départs, ce qui lui faisait un peu défaut depuis le début de la saison, victoire en heat, victoire en finale... Déjà confiant de nature, on imagine bien que cette course va lui rebooster un peu plus encore le moral. « Je veux gagner. », a-t-il aussi répété à longueur d'interviews. Déjà, c'est cool de savoir qu'il reste encore au moins un pilote qui veut faire tomber le Dunge de son piédestal. Notez, au passage, que Kenny est fortement pressenti pour quitter RCH en fin de saison. Pour le HRC. De quoi s’emmêler les pinceaux au moment de remercier les sponsors... Je dis ça, je dis rien. Autre hypothèse, un retour chez KTM. Se quitter en bons termes, c'est toujours une bonne idée dans un si petit milieu. En tout cas, il veut un contrat de cinq ans. L'assurance de ne pas avoir à retravailler un seul jour de sa vie d'après...
Ryan Dungey, lui, a connu une soirée cauchemardesque. Battu par CP en heat, imaginez ! Non, je rigole. Il n'empêche que c'est bien la première fois que quelqu'un « ose » le redoubler à la régulière depuis que Canard l'a sorti à A1. Un peu moins précis que d'habitude, notamment sur le gros enchaînement où il a raté plusieurs fois le « quad », ce qui lui a coûté quelques dixièmes, Ryan s'en sort tout de même encore une fois avec les honneurs, et ne perd que trois points au final. Reste à savoir s'il n'a pas donné une lueur d'espoir à un Kenny qui n'attendait que ça. Avec 23 points d'avance, il a encore de quoi voir venir. Quel spectacle, en tout cas, que de voir deux gars batailler tout en continuant à aller vers l'avant, au lieu de se neutraliser mutuellement et perdre du temps, à la Craig/Webb. On sent un respect réciproque entre deux pilotes clean, et ça fait plaisir dans ce monde de brutes qu'est le SX US.

Vainqueur de sa heat après un bon départ, bien parti aussi en finale, il a manqué à Anderson un départ encore meilleur pour espérer se battre avec les deux boss. Et encore, pas sûr qu'il en ait eu les moyens ce jour. Peu vu à l'écran tant la réalisation s'est cantonné (à juste titre) à la bagarre devant, il a quand même mangé son pote Seely au physique pour monter une nouvelle fois sur le podium. Aucun doute, il est bien le troisième homme fort de ce championnat jusqu'à maintenant. Et ne s'est pas fait d'ennemis ce week-end, pour changer. Un bon point pour le faux mexicain.

Chez Eli Tomac, ça doit commencer à cogiter sévère. Le gars a des excuses, qu'on décline à l'infini depuis le début de saison : nouveau team, double opération des épaules... Ok, c'est vrai, mais on est quand même en droit d'attendre une réaction de la part d'un gars clairement payé pour être mieux que ça au classement.

Cole Seely s'en sort plutôt bien avec cette quatrième place. Sept en heat, auteur d'une belle remontée en semi pour échouer derrière Peick, il a profité d'un bon départ pour s'isoler du pack et attendre que ça se passe. Dommage qu'il n'ait pas réussi à contenir un JA21 plus frais physiquement. Son épaule, encore faible parait-il. Mouais... Chez Eli Tomac, ça doit commencer à cogiter sévère. Le gars a des excuses, qu'on décline à l'infini depuis le début de saison : nouveau team, double opération des épaules... Ok, c'est vrai, mais on est quand même en droit d'attendre une réaction de la part d'un gars clairement payé pour être mieux que ça au classement. Anonyme cinquième après un départ moyen (et une caresse à Musquin en passant), ça risque de ne pas faire rire longtemps Monster. La consistance glissante du terrain n'était peut-être pas non plus à son avantage, il faut le reconnaître. Quel round tu te réveilles, Eli ?


Voici sans doute la plus belle sixième place de la carrière de Marvin Musquin ! Excellent aux essais, bon en heat avant de se faire sortir (gentiment) par Canard, bien remonté d'un mauvais départ en semi, Marv', après une chute au départ (merci Tomac !) a fait sa meilleure course en 450. Parce que remonter six sur un terrain aussi indoublable au milieu d'un tel plateau, respect. Un coup d'oeil à ses chronos montre qu'il était clairement dans le vrai. La même en partant devant, et il peut gagner. Si tant est que KRoc et RD ne partent pas à cul, quand même... Faut pas exagérer.

 

ROUND 7 ! Il l'avait dit, il l'a fait. A se demander s'il ne le fait pas exprès ! Quoiqu'il en soit, on a enfin eu un bref aperçu du talent de Pourcel en SX 450. Huit tours en heat, et quelques tours en finale. Sa heat, surtout, vaut son pesant de cahouètes. Parti devant, il ne s'en est fallu que d'une petite erreur pour qu'il y reste, et devant KRoc et Dungey, rien que ça ! Comme quoi, avec un peu de motivation... Même en finale, il a enfin osé se battre pour sa place, avec des calibres comme Trey Canard, entre autres. Alors, quelle explication aux différences de performances de la star ? La présence à ses côtés de son chien thérapeutique ? Une gueulante de son team-manager ? Selon mes sources US, les deux (true story) ! Quoi qu'il en soit, avec un peu de physique, on peut maintenant légitimement espérer le voir entrer dans le top 5 prochainement. Ou retomber dans l'anonymat de ses batailles avec Nick Schmidt ou Phil Nicoletti, au choix, n'importe laquelle de ces deux hypothèses ne m'étonnerait plus que l'autre. CP, c'est comme un Mystère au chocolat, mais sans chocolat.

Pour le reste de la course, j'en sais rien. On n'a rien vu d'autre que les deux premiers, de toutes façons... Ah, si. Canard est tombé. Étonnant. Peick aussi. Étonnant. Weimer a tapé du top 10. Pareil. Et le team Jacuzzi a fait très fort. Quoi ? Bons départs, bonne vitesse de la part des deux pilotes, bravo à Mike Alessi et Vince Friese. C'est pas si souvent. Par contre, le bateau Reed coule plus vite que le Titanic. Troisième course de suite où Chad jette ses lunettes (pas le moment d'être son goggle guy!), il termine à une plus que mauvaise 12e place. C'est mort pour le titre, et ça sent de plus en plus la reconversion. Team-manager Yamaha USA, c'est déjà signé. L'année prochaine ou celle d'après ? Si ça continue, je penche pour la première option.

En 250, ça s'annonçait aussi bien qu'en 450. Imaginez le tableau : les trois premiers du général roue dans roue, après un rare bon départ de Webb. Bon, il a suffi d'un tour pour que ça vole en éclats. La faute à un tassage massif de Craig sur un Savatgy déjà embarqué sur sa trajectoire dans les whoops. Faute de Craig ? Incident de course ? Manque d'anticipation de Savatgy ? Pfff, pas facile à dire. Disons que s'il fallait remplir un constat, il y aurait 50/50. Du coup, ensuite, ça a été un poil soporifique. Savatgy, aussi froissé que sa brêle, a mis du temps à arracher une maigre dixième place. Craig, facile devant, a encore manqué de fond physique pour contenir Webb et s'offrir une seconde victoire. Et Webb, sans forcer ni être forcément plus rapide que CC, fait le casse du siècle en récupérant la victoire et une belle avance au provisoire. Semblerait qu'il ait remis la main sur son totem d'invincibilité, le petit énervé... Dommage, quand même, pour Savatgy qui semblait rapide et confiant. Par contre, le shoot-out de Vegas, QUI COMPTE POUR LES POINTS EAST ET WEST CETTE ANNEE, risque d'être chaud comme un baraque à frites, avec un team PC remonté comme une pendule. Pour peu que Bowers n'ait rien à perdre au championnat... J'imagine même pas.

Derrière, Zach Osborne a fait l'essentiel : bien partir. Mais on est loin du Zacho seul capable de contrer Webb du début de saison. Et encore une belle quatrième place de Colt Nichols, dont la cote grimpe comme un compte-tours de R1. Beau top 5 également de Mitchell Oldenburg, qui s'est enfin décidé à rester sur ses roues depuis quelques courses. Du coup, ça va mieux ! Tous ces petits gars vont pouvoir s'offrir un break, avec l'ouverture de l'Est samedi prochain. Du sang frais, aucun favori clair, ça va être chaud du côté d'Atlanta. Allez, je mets une pièce sur Mookie. On en parle la semaine prochaine ?