Daytona et ce qu'on peut en dire



Par Ganjaman - photos copyright Simon Cudby

Daytona et ce qu'on peut en dire

Enfin ! Eli Tomac vient de lancer sa saison, devenant ainsi le quatrième vainqueur de finale différent en 2016. Ryan Dungey reste plus que jamais le boss, avec sa solide deuxième place, devant un Musquin qui confirme sa grosse performance de la semaine dernière.

Daytona, la classique du championnat américain, perd un peu de son lustre tous les ans, c'est un fait. Seule épreuve du calendrier à ne pas être organisée par Feld Motorsports, mais par la famille France, propriétaire de l'ovale légendaire, elle a longtemps été organisée en plein jour, avec des temps au tour permettant aux finales de dépasser la demi-heure. De quoi séparer « the boys from the men », comme ils disent là-bas. La terre, sableuse, se creuse plus qu'ailleurs. D'où des ornières longues comme une émission de Drucker, des appels de sauts détruits comme une banlieue syrienne et des whoops ravagés comme Arno avant un concert. Tout ça pour dire, en fait, que Daytona n'est pas un SX comme les autres dans le ronron de la saison US. C'est moins vrai depuis 2004, année à partir de laquelle la course s'est tenue de nuit, comme les autres. Les appels à l'arrache dessinés par Gary Bailey ont laissé place, depuis, à des terrains plus « normaux ». Il n'empêche, on a coutume de dire que le terrain est le plus « outdoor » de la saison SX. Quand on voit les résultats de ce week-end, on peut légitimement acquiescer... Mais, sérieusement, c'était quoi, ce terrain ? Pour rappel, c'est le grand (par le palmarès, j'entends) Ricky Carmichael qui dessine le tracé depuis qu'il a pris sa retraite. Or, cette année, RC devait jouer au serpent sur son Nokia 3310 quand il a fait les plans, abusant et réabusant de chicanes qui ont totalement ruiné le flow d'ensemble. Ok, il a été soumis à des restrictions d'un nouvel ordre par les proprios, qui viennent d'injecter 400 millions de dollars dans la rénovation de la structure. Mais c'est pas une raison, si ? Bon, un peu, quand même, je le conçois... Bref, moi pas avoir aimé terrain. Comment on dit mono-trajectoire en anglais ? One line, c'est ça.

Et donc, cette longue (mais informative?) intro pour dire qu'un spécialiste de l'outdoor a gagné sur un terrain plus outdoor que d'habitude. Super. Il n'empêche que ça fait bien plaisir de retrouver le vrai Eli Tomac au guidon, et non ce pâle ersatz qui a pris sa place depuis son passage chez Kawa. Meilleur chrono, victoire facile en heat, bon départ en finale et victoire. Bon week-end, pour un gars qui n'avait vu qu'une fois le podium depuis le début de la saison. Comme quoi, le mental fait 90% du boulot dans ce sport, à ce niveau bien sûr. Et il a régalé, Eli. Comme cet enchaînement qu'il a été le premier à dégainer en heat, celui juste avant la dernière chicane qui précède l'arrivée, où il se servait de la petite bosse censée faire ralentir pour sauter 2/3. La plupart des tops ont compris la manœuvre une fois en finale, mais c'est bien ET qui l'a popularisé dès la heat. Si je ne retrouve pas encore le magicien de l'an dernier en virage, il faut reconnaître qu'il y a clairement un vrai mieux. A confirmer samedi prochain, sur un terrain plus conventionnel.

Dungey, Daytona, ça n'a jamais été son truc. Il a bien gagné l'an dernier, mais c'était la première fois ! Pour un gars champion en 2010 et en bagarre devant depuis, ça fait léger. Cette fois, le boss a pourtant sorti une copie plus que propre. Déboité grave par Tomac en heat, il a « changé quelques réglages » pour faire beaucoup mieux en finale. Après s'être gentiment laissé déborder dès les premiers mètres de courses par la Kawa #3 en laissant une porte béante à l'extérieur, il a su réagir et mettre la pression jusqu'au bout au pilote Kawa. Solide, comme d'hab. Qui plus est, il fait encore la bonne affaire du jour au niveau des points. Et égalise le record de podiums de suite, détenu jusqu'ici par un certain Chad Reed, avec 25 consécutifs. 25 !

Marvin Musquin, lui, fait plutôt bien à Daytona, sur une 250 comme sur une 350 ou, cette fois, une 450. Vainqueur de sa première heat (relevée !) chez les grands, il a profité d'un bon départ pour vite bétonner une belle troisième place, synonyme de nouveau podium. Mine de rien, MM est en passe de devenir un des tauliers de ce championnat, et ne va pas tarder à décrocher le pompon s'il continue à partir devant comme ça.

Daytona et ce qu'on peut en dire

Quatrième, pour la quatrième fois de la saison, Jason Anderson est en plein trou d'air en ce moment. Ce n'est pas que le garçon manque de vitesse ou d'attaque, mais, encore une fois, c'est bien son départ qui est en cause. Et cette chicane mobile de Phil Nicoletti qu'il n'a pas su zapper plus vite. Seulement une fois sur le podium depuis sa victoire d'A1, JA21 marque un poil le pas. Suffirait d'un holeshot...
Ken Roczen peut, lui aussi, maudire ses foutus départs. Englué autour du top 10 au premier tour, il a pourtant dépensé de l'énergie pour parvenir à rentrer dans les 5, à fortiori sur un terrain aussi mono-trajectoire. En vitesse pure, il était là, mais ses concurrents directs étaient déjà bien loin devant. Il ne lui reste plus qu'à bétonner cette seconde place au provisoire, parce que pour le titre... L'an prochain, sur la Honda à démarreur électrique ?
Sixième place pour Trey Canard, « dont il faut savoir se contenter », selon l'intéressé, qui s'est vu mourir après s'être mis court dans les whoops. Lui aussi est incapable de partir devant, une maladie chronique pour tous ceux qui n'ont pas une KTM. Ça n'aide pas, vu le plateau. Au moins, une course sans gros crash, voilà de quoi bâtir. Positive attitude.

Parti au départ pour un trip pêche en Floride avec des amis, Josh Grant a remarqué qu'il y avait une course dans le coin. Bien lui en pris. Bons départs en heat et en finale, et voici un gars qui sort de son canapé pour terminer 7e de la plus physique course du championnat. Pourtant, Grant et le physique, ça n'a jamais été ça. L'appât du gain, par contre, fait faire bien des choses. Du coup, attendez-vous à voir débouler le press release l'annonçant chez Monster/Kawasaki en remplacement de Will Hahn dans la semaine. Effectif dès que possible. Pas perdu son WE, JG33. Ni son style, d'ailleurs. Par contre, pour le trip pêche...

Christophe Pourcel, lui, les a retrouvé, ses départs. Holeshot en heat, bien parti en finale, il s'est fait t-boner par son pote Musquin alors qu'il était troisième. Qu'est-ce que ça aurait pu donner ? On ne le saura jamais, mais il y a incontestablement du mieux dans le clan CP. Dommage que 20 tours, ce soit si long.

 

Derrière, on notera la belle remontée de Cole Seely, de quasi dernier à 10e. Pas top, mais mieux que rien, lui qui aurait très bien pu gagner cette course l'an dernier. Chad Reed, lui, est complètement passé à côté. Battu par Cunningham en LCQ, mal parti, il n'a pas su passer par dessus son aversion pour le terrain signé RC. Jenny Taft, la charmante reporter, s’en est d'ailleurs fait écho à l'antenne, provoquant un léger malaise dans la cabine des commentateurs où se tenait RC. Fun times. Pour finir sur les 450, Mike Alessi a encore fait sa spéciale : zapper tout un enchaînement au moment de se prendre un tour. Donc, si tout le monde fait pareil, les retardataires vont faire la course entre les lignes ?

Derrière, on notera la belle remontée de Cole Seely, de quasi dernier à 10e. Pas top, mais mieux que rien, lui qui aurait très bien pu gagner cette course l'an dernier. Chad Reed, lui, est complètement passé à côté. Battu par Cunningham en LCQ, mal parti, il n'a pas su passer par dessus son aversion pour le terrain signé RC. Jenny Taft, la charmante reporter, s’en est d'ailleurs fait écho à l'antenne, provoquant un léger malaise dans la cabine des commentateurs où se tenait RC. Fun times. Pour finir sur les 450, Mike Alessi a encore fait sa spéciale : zapper tout un enchaînement au moment de se prendre un tour. Donc, si tout le monde fait pareil, les retardataires vont faire la course entre les lignes ?

Mais quel gâchis, quand même. Cette saison de JS7, c'est comme les Bronzés 3. L'épisode de trop, qui laisse un sale goût dans la bouche, avec des personnages trop gros qui ont mal vieilli.

Ah si, j'oubliais... James Stewart. Grandeur et décadence. Se retourner dans les whoops comme ça, après une telle carrière ! Dire qu'il aurait suffit qu'il laisse un doigt sur l'embrayage pour éviter ça. Car cette manie de rouler systématiquement sans toucher à l'embrayoir a ses avantages, nombreux, mais aussi un tas d'inconvénients. Notamment celui de ne pas pouvoir influencer sur l'assiette de la moto dès lors que vous n'avez pas le pied au contact du frein arrière. Après, sûr qu'il ne doit pas être évident d'expliquer à JS7 comment rouler... Mais quel gâchis, quand même. Cette saison de JS7, c'est comme les Bronzés 3. L'épisode de trop, qui laisse un sale goût dans la bouche, avec des personnages trop gros qui ont mal vieilli.

Quelle course, en 250 ! Pour le coup, on peut la mettre au crédit du tracé mono-trajectoire. Car sinon, Jérémy Martin n'aurait pas mis aussi longtemps pour déposer un Malcolm Stewart certes fort véloce au début, mais aussi bien fatigué et donc sur la défensive dès la mi-course. Belle course, quand même, de J-Mart, qui a su prendre son temps sans faire trop d'erreurs, et sans paniquer malgré le retour de Davalos et Hill derrière. Et son coup de gaz pour sauter dans le trou juste avant le mur devant les panneauteurs était de toute beauté. Une belle trajectoire qu'il était un des seuls à emprunter, et lui faisait gagner pas mal de temps.

Justin Hill était rapide à l'ouverture, et encore une fois ici, malgré un départ moyen. Un des seuls à aller chercher des extérieurs, dont celui avant le dragon back. M'étonnerait pas qu'il gagne ce championnat, le Justin, finalement.
Martin Davalos, lui, s'est conduit en vétéran. Ce qu'il est, d'ailleurs. Rapide mais sans plus, peu imaginatif au niveau des trajectoires, il n'a eu qu'une bonne inspiration : éviter l'intérieur au dernier virage, ce qui lui a permis de déboiter un Mookie décidé à le brake-checker. Et hop, on garde la plaque rouge.

Malcolm, lui, a failli faire un hold-up pour le podium, en tirant profit du circuit. Intérieur partout, on ferme les portes à double tour et c'est réglé. Sauf que d'une, il est bien trop court physiquement sur un terrain aussi défoncé, et de deux, il a voulu brancher MD et ça s'est retourné contre lui. On verra dès Toronto s'il peut vraiment peser sur cette saison, mais il a perdu du crédit ce week-end.
Aaron Plessinger, le dernier titrable, devra partir mieux s'il veut avoir une chance de titre. Parce que si ça continue comme ça, c'est cuit.

On n'a pas vu une seule image de Tonus, mais bravo pour la sixième place ! Même constat pour Cedric Soubeyras (12e), qui a eu l'honneur du bandeau de la télé avant sa heat, dont il est sorti avec une place directe en finale. Et dommage pour Dakota Alix, en vue sur les deux premières courses, qui s'est fait la clavicule.

Allez, on quitte la Floride et ses gators pour la Canada et... ses caribous ? @ plus, on en débat quand vous voulez !