Le Motocross des Nations by Oxboy

« merci pour ce moment »

By Dominique "Oxboy"

Le Motocross des Nations by Oxboy

Dominique « Oxboy » est un assidu d’Mx2k.com et de notre forum de discussion depuis des années. Après avoir vécu, comme beaucoup d’entre nous, un incroyable week-end à Ernée il y a quelques semaines, il n’a pas hésité à prendre la plume et nous envoyer son (excellent) texte, que voici.

La vie d'un fan est associée à des événements ou à des lieux qui laissent une trace indélébile : ici un circuit à la résonance particulière, là une course à l'intensité exceptionnelle, ailleurs le sacre d'un pilote (ou d'une équipe) pour lequel on a une affection particulière, etc.....

J'ai eu la chance d'assister à plusieurs motocross des nations. Tous ont eu un écho différent, tous m'ont laissé un souvenir spécial. Seulement, jamais je n'avais eu le privilège de vivre un MXDN comme celui d'Ernée 2015. Un alignement parfait des planètes (météo au top, piste préparée comme il faut, intensité des courses, suspens quant au résultat final, ambiance de folie, victoire d'une belle équipe de France) qui abouti à une fête du motocross dont seul le public français a le secret.

Chaque épreuve à laquelle j'ai assisté a laissé une empreinte spécifique, associée le plus souvent à une image :

A Villars-sous-Écot (1988), c'est Ron Lechien... impérial sur sa Kawasaki d'usine, une élégance rare sur un engin d'une telle puissance, et une impression de facilité déconcertante.
La fête du motocross avait été belle, mais l'équipe de France s'était inclinée face aux stars de l'oncle Sam.

A Saint Jean d'Angély (2000), je revois Pastrana s'envoler sur l'immense saut du circuit, oubliant Stéphane Roncada...La fête du motocross avait été belle, mais l'équipe de France avait perdu toutes ses chances en raison d'un nez cassé...

A Ernée (2005), je vois rouler pour la première fois le plus grand pilote de l'histoire, Ricky Carmichael. Sans surprise, il était venu en patron et n'avait laissé aucune place au suspens...
La fête du motocross avait été belle, mais une fois de plus, difficile d'être prophète en son pays...

A Budds Creek (2007), je découvre le digne successeur de RC4 en la personne de Ryan Villopoto.  La performance d'RV2 sur sa 250 reste à ce jour l'un de mes plus beaux souvenirs de fan.
La fête du motocross avait été belle, l'équipe de France avait été valeureuse, mais qui pouvait battre les américains chez eux ?

Alors, quid d'Ernée 2015 ?

Le Motocross des Nations by Oxboy

Dans beaucoup de sports (individuels ou collectifs), nos représentants souffrent d'un mal bien français. S'il leur arrive de gagner là où on ne les attend pas, ils ont surtout la fâcheuse habitude de répondre aux abonnés absents dès qu'ils ont l'étiquette de favori (pression quand tu nous tiens...).

Quand on  évoque les deux victoires de la France au MXDN, force et de constater que nous n'étions pas les mieux placés pour ramener le trophée à la maison.
A Namur en 2001, personne n'avait parié sur la « B-Team » Téfli - DV12 – L.Séguy.
A Kegums l'an dernier, la France était une candidate légitime au podium, mais peu de monde voyait le trio Paulin – Frossard - Ferrandis sur la plus haute marche du podium.

Cette année, la donne était bien différente. L'équipe de France se présentait devant son public avec pour difficile mission de succéder aux USA, à la Belgique et au Royaume-Uni, seuls pays ayant alignés deux victoires consécutives depuis l'existence du MXDN. Autant dire que l'attente était grande, la foule massée autour de la piste n'envisageant qu'une seule option : la victoire.

Avant le début des manches qualificatives, j'avais misé sur trois pays candidats au podium : France – États-Unis et Royaume-Uni, seules nations à présenter 3 pilotes de « poids » (j'avais écarté la Belgique en raison de l'état de forme du grand Ken).
Malheureusement, la chute d'Anstie le samedi éliminait toute chance de victoire pour les sujets de sa gracieuse majesté. Les autres équipes ayant toutes un « maillon faible », il ne faisait aucun doute que la victoire en 2015 allait revenir à une équipe bleu-blanc-rouge, restait juste à préciser s'il fallait ajouter des étoiles sur le drapeau victorieux.

Deux pays pour un fauteuil, la lutte promettait d'être serrée.
On imagine aisément le niveau de pression subit par les mousquetaires...répondre présent aux attentes du public, dominer une équipe US ultra motivée, il y avait bien plus à perdre qu'à gagner.

Gautier, Romain et Marvin ont démontré que la France pouvait vaincre sur ses terres. Ils ont été remarquables de combativité, de régularité, et de solidarité, trois qualités indispensables pour espérer un titre de champions du monde par équipe.

De retour à la maison je me suis posé cette question : quel souvenir vais-je conserver de cette édition 2015 ? Quelle image laissera une empreinte plus forte que les autres ?

J'ai pensé à Romain Febvre : une domination incroyable, une maîtrise parfaite de la piste, une décontraction assez bluffante face aux enjeux, bref un champion du  monde qui assume son nouveau statut. On peut parler de démonstration du vosgien, dans la continuité de ce qu'il a réalisé en championnat du monde. Romain semble facile, et a laissé l'impression d'avoir encore de la marge, c'est dire...

J'ai pensé à « Marvellous Marvin Musquin » : sa combativité face à Barcia, ses temps chronos inférieurs aux 450, sa volonté de repartir « au charbon » après sa chute, sa victoire méritée dans la catégorie MX2, sa technique merveilleuse sur la piste d'Ernée, etc..... Pour sa dernière sortie en 250, Marvin a choisi la grande porte.

J'ai pensé au revenant Ben Townley, tout simplement exceptionnel pour la dernière course de sa carrière....Il avait déjà marqué Ernée en 2005, c'était encore plus beau en 2015....un grand monsieur assurément.

J'ai pensé au style de « Bam Bam » Barcia, axé sur une agressivité hors norme (surtout dans la dernière manche)...franchement, du bord de la piste c'était un vrai régal...là où un Romain Febvre enroule chaque virage avec un contrôle parfait de la poignée de gaz, Barcia explose les appuis et fait rugir le moteur de la Yam. Cette opposition de style aura été l'une des grandes satisfactions de ce week-end.

Seulement voilà, après avoir beaucoup réfléchi, j'ai vite compris qu'une autre image prenait le pas sur les autres.

Jamais je n'avais vu public aussi investi, aussi conquis, aussi concerné par ce qui se déroulait sous ses yeux. Plus qu'un acteur, le « peuple » d'Ernée a été l'un des moteurs de l'équipe de France.

Oui les pilotes nous ont offert un spectacle magnifique, mais que dire du quatrième homme de l'équipe de France...Jamais je n'avais vu public aussi investi, aussi conquis, aussi concerné par ce qui se déroulait sous ses yeux. Plus qu'un acteur, le « peuple » d'Ernée a été l'un des moteurs de l'équipe de France. Il est évident qu'il a transcendé les pilotes français, et qu'il a donné une autre dimension à ce motocross des nations 2015.

Nos mousquetaires auraient pu être paralysés par cette ferveur, au contraire ils se sont nourris de la passion d'un public tout acquis à leur cause... Ernée 2015 a été l'amphithéâtre le plus bruyant de la planète motocross, le plus beau aussi...

Dès le samedi matin, le ton était donné. Chaque spectateur poussait les pilotes tricolores avec un engouement assez incroyable. J'avais l'impression d'être dans un chaudron comme le POPB de la grande époque, à cette différence près qu'il y avait beaucoup plus de monde, beaucoup plus de bruit.
Que dire de cette autre communion entre le public et ses pilotes lors de la présentation des équipes le samedi en fin d'après-midi, un autre moment magique qui annonçait la couleur pour le dimanche.

Dimanche justement, les pilotes nous ont a proposé le scénario idéal pour que le week-end reste gravé dans l'histoire : A l'issue des deux premières manches, les USA et la France sont à égalité, promettant une dernière course en forme apothéose.

Le public est bien conscient de l'enjeu, car pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr pour savoir que Barcia et Webb ne doivent pas franchir la lignée d'arrivée devant nos petits frenchy. Les américains ayant eu la fâcheuse habitude de partir devant depuis le début du week-end, on se doute que la victoire va se jouer sur pas grand chose et que les 35 minutes à venir vont durer une éternité...

Les départs manqués de Barcia et de Webb ont changé le scénario. Romain Febvre ayant pris rapidement la tête, le public français comprend vite que tout dépend du résultat de Gautier Paulin face à la chevauchée fantastique des guerriers US. J'avoue qu'en voyant Barcia avaler ses adversaires les uns après les autres je n'en « menais pas large »...
Après sa cabriole en première manche, GP21 donnait vraiment l'impression d'assurer le résultat de l'équipe. Seulement du bord de la piste, son pilotage « toute en retenue » tranchait cruellement avec la vitesse et la rage d'un Barcia qui jetait toutes ses forces dans la bataille.
L'ADN du pilote US est ainsi fait qu'il se bat jusqu'au dernier tour, alors ce chronomètre qui défilait devant nos yeux donnait l'impression d'avoir un rythme suisse...Au dernier tiers de la course nous savions que 2 points seulement séparaient la France des USA...autant dire rien.

Il est difficile de décrire ces 10 dernières minutes, ou d'évoquer la liesse qui s'est emparée du circuit au moment au Gautier Paulin a franchi la ligne d'arrivée...En tant que fan j'ai pris un pied monumental, la victoire était d'autant plus belle qu'il a fallu attendre les derniers mètres pour être certain du résultat final. L'ovation du public a été à la mesure de la délivrance tant attendue...
Mon père et mon frère, présents à mes côtés, étaient aux anges d'avoir vécu ce grand moment de sport. Et comme moi, ils n'en revenaient pas de cette ambiance électrique....

Merci Gautier, merci Romain, merci Marvin, et bravo...Devant l'histoire vous n'avez pas tremblé, et face aux attentes du public vous avez répondu présent.

Je sais que cette victoire collective est bien plus qu'une ligne sur votre palmarès.

Je ne suis pas président de la république, qu'importe : « merci pour ce moment ».

Commentaires

" Romain semble facile, et a laissé l'impression d'avoir encore de la marge, c'est dire... " A rapprocher des propos de Townley questionné par McCready :

Febvre said he tried to pull away from you in that third moto but he couldn’t and it was his hardest moto of the day! That’s not a bad compliment for you!

(BT)Yeah he’s a strange character the way he rides. He doesn’t really do anything correct, the way he holds his arms, he doesn’t really do anything with good technique, he’s not the nicest guy to watch with all due respect! But he’s incredibly fast and you have to hand it to him he’s the world champion and it was nice to race him.

He rides on the edge so when he passed me I thought I will glue myself to this guy as much as I can then at one stage, I wasn’t riding over my head to stay with him, so I thought maybe this guy will make a mistake if I stay with him, but he doesn’t make any major mistakes, he makes little mistakes all the time but it doesn’t slow him down.

Dans la dernière manche, étant donné l'état de la piste, il était très facile de faire l'erreur de trop...RF461, en dépit des petites erreurs évoquées par BT, ne m'a jamais donné l'impression d'être "out of control".
Je rejoins BT sur le fait que le français n'est pas le plus stylé du MXGP, mais sa lecture de la piste, son contrôle de la poignée de gaz et sa science des trajectoires expliquent sa supériorité.

Effectivement, Romain a été impressionnant, on comprend pas forcément pourquoi, mais il avance vraiment, il ne donne pas l'impression de forcer.
Musquin a été incroyable, des trajectoires uniques, une motivation à donner des complexes à un américain.
Gautier a souffert, mais il a tenu.
J'ai également été impressionné par Barcia. je comprends qu'on puisse apprécier sa faculté à rouler à 110%, notamment sur la poignée de gaz. Par contre, je supporte toujours aussi mal les coups de vice qu'il a fait à Marvin.
Son problème reste qu'il faut un moral d'acier pour rouler au dessus de ses pompes toute une saison. Là, j'ai un doute sur sa capacité à être champion en MX1 (cela étant dit, à titre perso, je me contenterai bien d'être second en MX US)..