Oakland 2016 et ce qu'on peut en dire



Par Ganjaman - photos copyright Simon Cudby & Constructeurs

Oakland 2016 et ce qu'on peut en dire

Un Ryan Dungey plus dominateur que jamais, un Français sur le podium en 450, un championnat 250 West relancé, le passage dans la baie d'Oakland ne s'est pas fait à vide, sur un terrain compliqué par une terre meuble qui a favorisé l'apparition d'ornières et de trous.

2/1/1/1. La saison de Ryan Dungey est partie sur de bon rails, c'est le moins qu'on puisse dire. Le sourire ultra-bright du petit gars du Minnesota est de plus en plus large, et il y a de quoi... La copie qu'il a rendu à Oakland ne comporte aucune rature : meilleur temps chrono aux qualifs, vainqueur de sa série, puis victoire en finale, le tout sans donner l'impression d'avoir été inquiété. Deuxième saison avec Aldon Baker, deuxième saison sur la (plus si) nouvelle KTM, Dunge est en pleine confiance et tourne à plein régime. Même dans ses interviews, il paraît plus à l'aise que jamais, lui qui ne goûtait que peu l'exercice il n'y a pas si longtemps. Avec 22 points d'avance après quatre courses, il va falloir aller le chercher... D'autant que le garçon n'a pas la réputation de vendanger. Pour le sortir du podium, faudrait vraiment une casse mécanique ou une chute dans les deux derniers tours. Solide. Tout va tellement bien pour lui qu'il avait plus content du podium de Marv' que de sa propre victoire. Classe.

Pourtant, Kenny Roczen s'est employé à aller le chercher. Pour une fois correctement parti, Ken a un temps buté sur Musquin mais n'était pas si loin du #5 en début de manche. Précis, rapide, agressif et costaud physiquement, KRoc n'était juste pas le meilleur ce samedi soir, comme il l'a lui même reconnu en interview. Pour autant, il y a du positif à dégager de cette course. Les départs, déjà, qu'il explique par « un changement d'embrayage ». Son mécano a peut-être enfin changé les disques ? La vitesse, aussi. Et un classement qui s'améliore à chaque course, ce qui va plutôt dans le bon sens. Après, ça doit quand même mettre un petit coup au moral de voir la machine Dungey s'éloigner à coups de dixièmes de secondes tour après tour... Kenny, en outre, n'aurait pas apprécié la prestation de Musquin, accusé, selon lui, de sauter en travers pour conserver sa place. Honnêtement, je n'ai rien vu de cela depuis le confort de mon canapé. Qui, il faut bien l'avouer, n'offre pas le même angle de vue que la Suz 94.

Marvin Musquin, premier podium en 450 ! « 11 ans et 281 jours » que ça n'était pas arrivé, selon David Vuillemin, dernier auteur de l'exploit. Pas si mal, après quatre courses, dont trois franchement moyennes par rapport au talent du garçon. Certes, Marv' avait déjà fait 4 à Daytona en 2012, mais il entre dans le cour des grands, cette fois. Déjà brillant en heat, même s'il a un peu trop tardé pour passer ce relou de Friese, il a enfin réussi un départ avant de brillamment contenir Roczen pendant quatre tours, ce qui lui a permis de créer un écart impossible à combler pour les suivants. Propre, technique mais encore un poil timoré, il me tarde de voir un MM en pleine confiance, histoire de savoir s'il peut prétendre à encore mieux. Espérons que ce podium lui offre cette prise de conscience, lui qui fonctionne largement au mental.

Marvin Musquin, premier podium en 450 ! « 11 ans et 281 jours » que ça n'était pas arrivé, selon David Vuillemin, dernier auteur de l'exploit.

En parlant de mental, un qui ne se pose pas trop de questions, c'est bien Anderson. Quatre après un départ pourri, l'exploit est déjà à saluer. Mais le faire après avoir tutoyé la mort, respect ! « Je pensais que Reed allait faire triple. » Sauf que Reed, il n'a fait que double. Du coup, JA21 a bien fait triple, mais sa roue avant a touché l'arrière de Reed, l'a envoyé droit vers le ciel, en travers. Pas de panique, un coup de frein arrière, on se pose nickel et on double quand même... Dingo. Dommage que ses départs le trahissent régulièrement, car Anderson a vraiment la vitesse pour jouer devant, et ne paraît pas si cata que ça, finalement. Certes, il se fout toujours autant de savoir où sont les réceptions, mais ça marche pour lui, et sans grosses frayeurs. Enfin, à part celle citée plus haut, qui, perso, m'aurait fait m'arrêter pour vomir sur le côté de la piste, j'imagine. Deuxième du provisoire ex-aequo avec Reed, Jason est bel et bien entrain de s'installer dans ce championnat comme un titrable potentiel. S'il pète accidentellement la jambe de Dungey à la Boulangerie, évidemment. Ah, j'oubliais : le Jaz' s'est fait proprement sortir par son BFF Cole Seely en heat. Un chouette renvoi d'ascenseur !

Après deux secondes places de suite, Chad Reed n'a pu faire mieux que 5e. La faute à un circuit certes usant et technique, mais sans réel enchaînement pour faire la différence et, surtout, avec des whoops pour PW. Ajoutez à ça un départ médiocre et trop de temps passé à essayer de doubler Seely, et on obtient un énième top 5 pour CR22, mais pas mieux. Du coup, Anderson le rejoint au provisoire, et Dungey s'éloigne inexorablement...

Il le dit lui-même, le highlight de la soirée pour Cole Seely, c'est d'avoir sorti JA21 en série. Chacun ses petites victoires du quotidien, on a tous envie parfois de faire une crasse à un collègue de travail un peu pénible. Ces gars-là sont comme nous, donc, au fond... A part ça, un départ correct, un certain manque de vitesse et de physique et une anonyme sixième place. Comme un de ces jours au bureau où vous n'avez pas foutu grand chose, mais quand même torché vite fait la mission assignée. Notez que son coéquipier Canard n'était pas là, insuffisamment remis de sa coupure à la main. Trey décevant.

Le cas Tomac n'est pas encore alarmant, mais on tient quand même quelque chose là. Après un bon départ et une victoire en heat, Eli s'est totalement raté en finale, et n'est pas remonté comme il nous avait habitué.

Le cas Tomac n'est pas encore alarmant, mais on tient quand même quelque chose là. Après un bon départ et une victoire en heat, Eli s'est totalement raté en finale, et n'est pas remonté comme il nous avait habitué. Pourtant, il a quand même des moments de grâce, comme cet enchaînement après le dragon back où il était le seul de la soirée à faire triple à l'entrée. Pfff, ça paraissait tendu à l'écran, d'autant que la réception étant un appel, et un bien pointu, s'agissait pas de se mettre court. N’empêche, on ne retrouve pas le pilote qui enroulait à Mach2, les deux pieds sur les repose-pieds, les vélodromes l'an dernier. Ça viendra, c'est certain, mais on ne sent pas une nette amélioration de course en course, voire l'inverse. D'ailleurs, nos amis de RacerX ont rapporté de longues et intenses discutions entre le management Kawasaki et John, le père. Des tensions ? Pas encore, mais ça pourrait bien venir si Eli ne goûte pas au podium d'ici peu. En attendant, RV2 teste une toute nouvelle fourche Showa à air... A suivre.

Une nouvelle fois meilleur non-galactiques (et/ou non-français), ce Jacob Weimer me plaît de plus en plus cette saison. Sur la Suz-RCH de Tickle jusqu'à la fin de la saison (et peut-être même en outdoor), Jake n'a pas mis longtemps à s'habituer à sa nouvelle brêle ! Huitième, à la bagarre de bout en bout, auteur de bon départ, il est tranquillement entrain de faire remonter son nom en haut des listes des team-managers, les mêmes qui avaient effacé son numéro de portable après son éviction de chez Kawa. En plus, le gars a un cerveau, le sens de l'humour et est bien conscient de ne pas avoir trouvé le vaccin contre le cancer. Neuvième provisoire à un point de Brayton, la belle histoire de la saison pour le moment, c'est lui !

 

Une nouvelle fois meilleur non-galactiques (et/ou non-français), ce Jacob Weimer me plaît de plus en plus cette saison.

Brayton, justement, n'était pas dedans sur cette course. Plus de whoops et d’enchaînements techniques devraient lui permettre de revenir sur le devant de la scène.

Peick était 8e quand il s'est satellisé, heureusement sans gravité. L'avantage d'être taillé comme un muret en pierres sèches, j'imagine. J'imagine, aussi, la banane qu'il devait avoir quand il a sorti Friese en heat, après une attaque tout à fait légitime. Ces petits bonheurs de la vie, encore une fois.

Bonne surprise du week-end, on a retrouvé un Will Hahn enfin à son niveau. Déjà, il est allé en finale sans passer par la case LCQ. Pour claquer un top 10 plus que satisfaisant vu le plateau.

Mauvaise(s) surprise(s) du week-end ? J'en ai deux. Commençons par James Stewart. Sixième chrono, ça commençait pas si mal. En heat, un bon départ. C'est ensuite que ça se gâte. Des courts à la pelle, une machine qui réagit comme un cheval de rodéo dans les whoops, pour finalement batailler avec Mike Alessi, puis avec Tomac et Roczen. Ça doit être la première fois que Mike passe JS7 en SX sans que celui-ci ne soit allongé par terre. En finale, James était quatre dans les premiers tours, avant de lâcher petit à petit, jusqu'à rentrer aux stands avant de se faire croquer par Peick. Sûr que se faire déboîter par un gars à qui on mettait un tour tous les week-ends il y a deux ans seulement, ça doit faire drôle. En fait, JS7 n'est pas suffisamment remis. Tête qui tourne et troubles de la vision, ça ne doit pas aider en SX... Quel gâchis, quand même. Repose-toi, James, et ne reviens que quand ça ira mieux !
Pour Christophe Pourcel, ça ne s'arrange pas, à fortiori quand ses bons départs l'abandonnent. Condamné à se battre avec des gars aux noms imprononçables dans le LCQ, où il était le seul pilote d'usine, il avait l'air d'un poisson hors de l'eau. Heureusement que son talent et un peu de bol lui ont permis de faire 3/3/3 sur le gros enchaînement du circuit, ce qui a suffit à l'envoyer en finale. Où il a achevé sa balade du samedi à la 14e place. Derrière Alessi. Mais devant Stewart, si on veut ressortir du positif... Round 7, vite.

Divertissant, ce LCQ 450, avec une belle baston pour la dernière place qualif. Content qu'Adam Enticknap passe, pour sa première finale de l'année, à fortiori au détriment de Tommy Hahn, de plus en plus dirty au fil des courses. Le désespoir, ça fait faire des trucs moches. AE722 est sur la brêle de Chisholm, qui ne sera pas de retour tout de suite. En parlant de retour, celui de Blake Baggett s'annonçait plutôt pas mal avant qu'il ne s'en mette une bonne après un gros court. 15e, ça ira mieux la semaine prochaine pour le nain chauve.

Chez les 250, le championnat repart de zéro ! Ceci grâce à la Yam de Cooper Webb qui a décidé de s'arrêter subitement quelques tours, avant de redémarrer et de tourner de nouveau comme une horloge. Vapor lock, stator, problèmes électriques... Un tas d'hypothèses ont été envisagées, sans que personne ne sache rien pour le moment. Bon, Webb (déjà signé chez Yam Factory pour 2017) était encore parti pour gagner, sans certitudes toutefois. Craig, auteur du holeshot, paraissait bien installé en tête avant de perdre l'avant tout seul comme un grand, même si Webb était plus vite dans les whoops, notamment. Et Savatgy n'avait pas lâché l'affaire quand l'YZF s'est arrêté. Ça y est, à l'West, de nouveau de l'espoir. Maintenant que Savatgy a récupéré la plaque rouge et que les Craig et autres Osborne ne font plus de complexes, la situation pourrait se compliquer pour ce petit redneck de CW, qui n'a pas beaucoup d'amis parmi le plateau... Mention très bien, sur cette course, pour Colt Nichols, second sur sa Yam Rock River, et Alex Martin, rapide avant son crash alors qu'il était troisième. Et encore un podium pour Craig, bien revenu après sa chute. Cette fin de saison West s'annonce bien mieux qu'elle n'avait commencé !

Cool de voir notre champion de France en titre en finale, ça commençait à faire de la peine de voir Do miné... Désolé. Pour continuer dans cette veine, dommage de ne pas voir Espstein en GP, imaginez les bastons Epstein/Barr... Voilà, voilà... @ la semaine

Commentaires

Belle conclusion Ganja...

Et merci pour cette saine lecture!

Très jolie prose! Bravo et merci...