Saint Louis et ce qu'on peut en dire



Par Ganjaman.

Saint Louis et ce qu'on peut en dire

Pas étonnant qu'avec la solidité de Dungey, la vitesse de Ken Roczen ou l'agressivité de Jason Anderson, le podium ne change pas de course en course. Pourtant, il se passe quand même des choses dans les manches... Suivez-nous, on vous explique.

Je ne regarde pas les courses en live. Plusieurs raisons à cela. D'abord, c'est au milieu de la nuit (ok, pas celle-ci, ni la semaine prochaine...), ce qui complique un poil les choses. D'autre part, j'ai une vie de famille bien remplie, et une connexion internet qui renvoie à l'heure des modem 56K, ce qui n'aide pas non plus. C'est pourquoi, chaque dimanche matin au réveil, je me branche sur racerxonline.com pour m'enquérir des résultats. Et là, ça fait trois semaines de suite que j'ai la fâcheuse impression d'être coincé dans le film « Un jour sans fin ». Dungey/Roczen/Anderson... Dungey/Roczen/Anderson... Dungey/Roczen/Anderson... Il ne manque que la chevelure d'Andie MacDowell dans ma face pour que l'illusion soit complète. Pourtant, en y regardant de plus près, il y a quand même eu quelques éléments nouveaux à prendre en compte ce samedi soir à Saint Louis.

Déjà, Dungey a dû passer par la semi pour aller en finale, ce qui ne lui était plus arrivé depuis Anaheim 1. La faute à une chute au départ en heat, suite à une rare glissade de l'avant de sa part dès le deuxième virage. Après sa très moyenne septième place aux chronos, il y avait de quoi être légitimement inquiet dans le clan du Dunge. Et pourtant. La victoire en semi n'a bien sûr été qu'une formalité, et même en se plaçant seulement neuvième sur la grille, RD1 a réussi à trouver une place juste à côté de Ken Roczen... C'est comme trouver une place assise dans le métro un jour de grève des transports ! Du coup, il n'a pas laissé passer l'occasion de partir devant, même s'il a été obligé, pour ça, de prendre une trajectoire extérieure plus risquée que son move habituel à l'intérieur. Ensuite, c'était business as usual, comme ils disent là-bas. 20 tours solides, une attaque de Kenny vite contrée et une nouvelle douche de champagne pour le futur champion SX 2016. On peut bien le dire maintenant, avec trois points seulement à mettre entre lui et Kenny. Pas à dire, Dungey est au sommet de sa carrière. Moto, encadrement, mental, entraînement... Tout est au point. Sauf la visière de son casque, pointée vers le ciel la moitié de la finale. Mais c'est réparable facilement.

Pourtant, Kenny n'a encore pas ménagé ses efforts pour le faire douter. Une nouvelle fois, il a semblé plus rapide que Dungey. Agressif sans être dirty, il a réussi à passer devant brièvement, avant de se faire contre-attaquer. Puis de perdre l'avant tout seul comme un grand. Reparti le couteau entre les dents, KRoc a réussi un petit exploit en repassant Jason Anderson dans le dernier tour, quelques virages seulement avant la fin. Encore une superbe course de Kenny, donc. Aucun doute que le Dungey modèle 2014 aurait craqué, mais cette version 2.0 ne souffre décidément d'aucun bug. Peut-être Kenny aura plus de chances en outdoor. Pas sûr, en même temps... Au fait, vous saviez qu'il utilise des tés de fourche d'origine ? Bah voilà, maintenant c'est fait.

Jason Anderson, lui, doit un peu avoir l'impression d'être coincé dans 4 mariages et un enterrement, à toujours faire le rôle du témoin, jamais celui du marié. Et il s'est fait un nouveau pote, en la personne de Justin Brayton, proprement éjecté de sa troisième place direction les ballots de paille. Avant de s'en prendre au pauvre Tickle, qui n'avait rien demandé, sous prétexte qu'il lui aurait fait perdre la seconde place et les 20 000 boules qui vont avec. Ce qu'une vidéo du team RCH semble fermement infirmer, soit dit en passant. Bref, quelques ennemis en plus, un nouveau podium, ainsi va la vie du côté d'El Hombre. Sauf que cette fois, il va quand même devoir se méfier. Car malgré une sorte de « gentleman agreement » entre les pilotes HVA/KTM, Justin Brayton est bien décidé de lui faire payer la perte d'une très probable quatrième place. « Ca devient lourd. Il ne sait pas rouler en course. Cette fois, il est tombé sur le mauvais gars à qui faire ça » a indiqué JB après la course. JB, meilleur pote de Cole Seely, soit dit en passant... Tiens, voilà quelque  chose à surveiller pour cette fin de saison, d'autant que JA et JB se retrouvent régulièrement au contact, que ce soit en heat ou en finale.

Justin Bogle vient, mine de rien, de signer sa meilleure performance en 450. Quatrième, pour un rookie, voilà qui n'est pas mal du tout. Bien parti, il a su rester sur ses roues et profiter des quelques chutes devant lui (Musquin, Brayton) et de la condition physique en carton de Grant pour prendre cette excellente 4e place. Beau travail, pour un rappeur.

Sur le papier, la cinquième place de Trey Canard ne paraît pas plus enthousiasmante que ça. Pourtant, Trey a été pris dans la chute au départ de Tomac, et était donc bon dernier après le premier virage. Du coup, sa remontée est clairement impressionnante, d'autant qu'il ne termine pas bien loin de son pote Bogle. Va vraiment falloir faire quelque chose pour ces départs, Trey, parce que là, on ne va pas y arriver... C'est quand même dommage d'être un des seuls à avoir la vitesse pour gagner, mais ne pas être monté sur un podium de la saison.

D'après Gator, j'ai été un peu dur avec Chad Reed la semaine dernière. Et bien figurez-vous que le croco avait raison. Car à Indy comme à Saint Louis, CR22 méritait mieux, mais a connu des soucis mécaniques. Plus précisément, un embrayage qui faiblit en fin de manche. Bien décidé à se débarrasser de ses soucis de départs, Chad a en effet adopté avant Indy un système hydraulique venu de chez Rinaldi. Soit, j'imagine, à peu près le même que celui qu'utilise le petit Febvre chez nous. Et s'il améliore effectivement les départs, il a du mal à résister aux contraintes de 20 tours en SX, à fortiori avec un pilote aussi dur sur les embrayoirs que Chad, réputé pour cela depuis toujours. Bref, pour sa 200e finale de SX, c'est pas si mal, on va dire, d'autant qu'il repasse Musquin aux points. L'avantage, c'est qu'après avoir resigné pour deux ans, CR22 va avoir du temps pour le développer, l'embrayage hydraulique. Au fait, si ça vous intéresse, son complexe d'entraînement en Floride est à vendre. Je prends 10 %, contactez Valentin qui me fera suivre.

Plus rapide aux essais, on pouvait attendre beaucoup d'Eli Tomac, sur une terre qui grippe et aurait donc dû lui convenir. Las, une chute au départ nous a encore privé de voir le vrai Tomac. Une saison sans fin.

Huitième, bon résultat de Josh Grant, qui aurait dû encore meilleur avec un peu de physique. Dommage, tout ce temps passé à bouffer des nachos sur le canapé en début de saison ne se rattrape pas comme ça à ce niveau. Mais aucun doute, le gars est un vrai talent.

Justin Brayton avait la quatrième place assurée avant de se faire Andersoniser. J'ai développé au-dessus, inutile d'y revenir. Il est bon, quand même, ce JB en SX.

Vainqueur d'une heat pas simple du tout et solide dixième en finale, Mike Alessi a de nouveau connu une bonne soirée. Et, mine de rien, risque bien de terminer la saison dans le top 10 aux points. Quand on regarde la liste des pilotes devant lui, ça ne fait pas rire. On peut se foutre de lui autant qu'on veut, il n'empêche que le type est quand même un sacré pilote. Et, cette année, il a plus ou moins réussi à éviter les controverses. Bien Mickey, continue comme ça. Dommage qu'on ne le voit pas en outdoor cet été, car il aurait, avec sa forme actuelle, eu son mot à dire pour le top 5. Ce sont les Canadiens qui vont en profiter...

Du côté Frenchies, soirée à oublier. Musquin, toujours en délicatesse avec des poignets douloureux, aurait sans doute pu faire quatrième sans des chutes et un passage aux stands pour réparer une « holeshot device » baladeuse, et Pourcel a été transparent. Même aux chronos, c'est dire. Une séquelle de ses cabrioles de la semaine dernière ? Apparemment, il se serait cassé des côtes à Indy... Et espère que ça sera réparé pour l'outdoor. En gros, plus d'exploits à attendre de lui avant la fin de saison SX. Peut-être l'année prochaine...  

Reste le cas James Stewart. Lui, il est clairement coincé dans un mauvais épisode de Bip Bip et Coyote, dans le rôle du coyote qui se prend une enclume sur la tronche toutes les trente secondes. Déjà diminué par une fracture à la cheville contractée la semaine dernière, il était déjà entrain d'avaler son égo en n'arrivant pas à suivre Mike Alessi en heat, quand il s'est pris un TGV dans le dos, en la personne de Weston Peick. Pas facile de dégager les torts de chacun sur cette histoire, mais le résultat, c'est un nouveau DNS. En plus, il s'était déjà fait mal au dos dans la semaine... À se demander si JS7 sera de nouveau un jour compétitif en SX. Et c'est triste de se poser ce genre de questions. En attendant, lui et son père s'en prennent à la Suzuki, certes pas la plus updatée des 450, et cherchent par tous les moyens à se débarrasser du deal avec le team qui les a soutenu pendant leur année blanche. La classe à Palavas. Reste à trouver un team capable d'accueillir un pilote avec de tels bagages. C'est comme essayer de se remarier à 48 ans, mais avec quatre enfants en bas-âge... Pas simple. 

À part çà ? La semi 2 vaut un coup d'oeil rien que pour le troisième virage, et la chute collective qui va avec entre Barcia et Baggett, BB s'offrant un plongeon digne des meilleurs matchs de catch sur JB51.  Magnifique. Même si moi, j'aurais plus sorti le coude !

En finale, on a aussi eu droit à un festival d'agressions entre Nick Wey et Nick Schmidt pour la 19e place. « Schmidt est un idiot. » selon Nick Wey. Nick la police ?

Décidemment, personne ne veut de ce titre à l'Est. Cette fois, c'est au tour de Malcolm Stewart de s'autodétruire en tombant trois fois au cours de la même finale. Pourtant, c'était plutôt bien parti, deuxième qu'il était derrière Jérémy Martin. Avant de caler dans la partie sable, puis de s'exploser dans la même partie sable, puis de tomber encore une fois tout seul pour finalement échouer à une miraculeuse huitième place compte tenu des évènements. Et voilà comment on perd un beau petit tapis de point d'avance... Pour n'en garder qu'un, devant un Aaron Plessinger plus que jamais dans la course au titre avec cette belle seconde place. D'autant que la course prochaine, Boston, pourrait bien se dérouler dans la boue, grande spécialité d'Aaron, lui qui est fils d'un des meilleurs spécialistes de la boue que le GNCC ait jamais porté ! Intéressant, ce championnat... Sans même parler de J-Mart, pas encore totalement hors du coup avec cette superbe victoire qui le ramène à 16 points seulement de Mookie. Shane McElrath a de nouveau bien roulé et monte sur la troisième marche du podium, devant un RJ Hampshire lui aussi plus en vue que la semaine passée. Davalos, lui, a dû être secoué par le tremblement de terre en Equateur : chutes en pagaille, et 14e à la fin. Au moins, il pourra rester en 250 un an de plus. Cinquième, Gannon Audette est de nouveau le meilleur pilote Pro-Circuit. Et risque bien de se trouver un strapontin dans le team s'il continue sur cette lancée !
Notre Français Cédric Soubeyras a bien failli ne pas participer à la course après avoir pété son moteur. Mitch Payton, grand amateur de Frenchies et gentil gars dans l'ensemble, lui a prêté un moteur pour la soirée. Hélas, pas d'effet Audette sur ce coup-là, CS s'étant crashé au départ avec une bonne partie du paquet, avant de devoir s'arrêter à trois tours de la fin sur un soucis électrique malgré un retour dans le top 10. Dur, le SX US. Aujourd'hui même, Soub' était au « Nest », l'ancienne propriété de Ryan Villopoto, pour s'entraîner en compagnie de Blake Baggett, Ken Rozcen et quelques autres. De quoi lui faire retrouver le sourire !

Maintenant, en route pour Boston, nouveau stop du circuit. Rendez-vous la semaine prochaine !

Commentaires

Très bon papier!