Team KTM Red Bull : Double peine



Info Adam Wheeler www.ontrackoffroad.com / Photos Ray Archer

Team KTM Red Bull : Double peine

KTM a tellement dominé la scène des Grands Prix ces dernières années que la concurrence elle-même ne se souvenait plus trop jusqu’où exactement remontait cette hégémonie !

En fait, fin 2014, la marque autrichienne avait amassé cinq couronnes successives en catégorie reine grâce à Tony Cairoli et pas moins de sept en MX2, avec Tyla Rattray, Marvin Musquin (deux fois), Ken Roczen, Jeffrey Herlings (deux également) et Jordi Tixier. Mais cette saison le vent a comme qui dirait tourné et le mauvais sort a même semblé s’acharner sur le clan orange : les pilotes KTM-Red Bull n’ont certes pas été les seuls à voir leurs espoirs s’envoler sur blessures, mais les ravages ont été tels (Herlings à nouveau contraint de lâcher prise, son « second », Pauls Jonass, ne parvenant à se substituer à son chef de file, et surtout Cairoli, qu’on croyait indestructible, amoché à son tour) que le constructeur européen a terminé bredouille, sans le moindre trophée, une situation qu’il n’avait plus connue depuis 2007 ! Comme quoi, après l’alerte de l’année précédente (Herlings), la foudre frappe toujours deux fois… Et, au second passage, ça fait mal !

GAGNER ! C’est le mot d’ordre chez KTM. Depuis 2004 et la nouvelle règlementation MX1/MXGP-MX2, la firme de Mattighofen a remporté plus de titres mondiaux que quiconque (treize sur vingt-quatre, soit plus d’un sur deux, contre huit à Yamaha et… un seul à chacune des trois autres usines japonaises). Depuis 2008, elle compte quelque 287 victoires de manches et 144 succès « overall » en GP, là aussi beaucoup plus que n’importe lequel de ses concurrents. Evidemment, en parallèle elle s’est aussi emparée d’une majorité de titres constructeurs.

Mais, c’est le propre des séries, elles semblent faites pour devoir s’interrompre un jour ! Une première alerte avait sonné l’an dernier, lorsque Jeffrey Herlings s’était brisé un fémur fin juillet alors qu’il se dirigeait plein gaz vers une troisième couronne mondiale successive. Malgré une avance considérable au championnat au moment de l’accident, le titre lui avait finalement échappé. Incident sans conséquence pour KTM toutefois, dans la mesure où c’était son coéquipier Jordi Tixier qui avait profité des malheurs du Néerlandais…

Après tant de succès, cette année nous avons pris une claque, à cause des blessures - Dirk Gruebel, team-manager MX2 KTM Red Bull

Cette saison en revanche les événements ont pris un tour beaucoup plus dramatique. Pourtant, de nouveau, Herlings s’était rapidement porté aux commandes du MX2, de nouveau il paraissait intouchable. Mais, après une invraisemblable suite de pépins (clavicule en Allemagne, doigt en Suède, hanche en République Tchèque), de nouveau il a fini par devoir abandonner la course au titre, comme si, décidément, ce troisième sacre se refusait à lui ! Et, hélas pour son employeur, malgré les efforts héroïques de son jeune lieutenant letton, le rookie Jonass, cette fois les lauriers se sont refusés à KTM, allant à Tim Gajser et Honda !

Team KTM Red Bull : Double peine

De même, et pire encore, en classe supérieure la poisse s’en est mêlée là aussi : dès le début de saison, jamais Antonio Cairoli ne s’est montré aussi dominateur qu’à l’accoutumée. Sur les huit premières épreuves, le Sicilien n’a enlevé que cinq manches et deux succès au général, sans jamais porter la plaque rouge. Au retour de la tournée d’ouverture outre-mer, il avait choisi de délaisser sa fidèle 350 pour une 450 cc, à la cavalerie selon lui indispensable désormais pour s’imposer. Puis, chez lui à Maggiora, patatras, le tenant du titre s’est fracturé un bras ! Dans un premier temps, il a serré les dents (et comment !), pas moins de quatre GP durant, avant de se résigner à rentrer chez lui prendre un repos inévitable. Adieu neuvième couronne, qui eût été la sixième consécutive avec KTM, la septième en grosse cylindrée…  Tout comme lui en 2009, un jeune pilote Yamaha, débutant en catégorie reine, lui succédait au palmarès : Romain Febvre. Et, contre toute attente, une fois la poussière retombée, les lampions éteints et la fête achevée, KTM devait se résoudre à rentrer à la maison sans la moindre récompense.

Dirk Gruebel, team-manager MX2, qui sait combien les sports mécaniques peuvent se montrer cruels, préfère se tourner déjà entièrement vers 2016 : « Après tant de succès, cette année nous avons pris une claque, à cause des blessures. Nous avions pourtant une très bonne équipe, mais à un moment donné, il n’y avait plus qu’un seul pilote sous l’auvent ! Côté MXGP, nous étions complètement démunis… Mais nous allons tout faire pour revenir sans tarder, exactement là où nous étions, c’est clair ! ».

Effectivement la réussite a changé de camp mais, attention, s’il est une constante au sein du team officiel KTM, c’est l’envie de gagner ! Un désir unanimement partagé par tous les membres de l’équipe : pilotes, dirigeants, mécaniciens, accompagnateurs, tout le monde n’a que ça en tête. Et chacun travaille dur uniquement dans ce but, évoluer au top, s’y maintenir, remporter des victoires. Et, s’ils n’ont pas obtenu les résultats qu’ils espéraient, ne vous attendez pas à ce qu’ils baissent les bras, qu’ils fassent moins d’efforts, qu’ils perdent le moral. Au contraire, ils vont bosser encore davantage, comme ils l’ont fait cette année, malgré les blessures de Jeffrey et Tony, boostant quelque part, presque inconsciemment, la motivation du jeune Jonass, qui représentait leur dernier espoir de titre. Même si, au bout du compte, ça ne l’a pas fait.