Toronto et ce qu'on peut en dire



Par Ganjaman - photos copyright Simon Cudby

Toronto et ce qu'on peut en dire

Des crashs au départ, des problèmes de visas, un record battu et une impression de chaos général, voici ce qu'on peut retenir de l'échappée en terre canadienne du SX US cette semaine. Dingo.

Après deux courses marquées par des départs indignes de son statut, Ken Roczen a su réagir, et de quelle manière ! Malgré une heat honorable, mais sans plus, il a réussi le plus dur : partir devant, suffisamment pour éviter le chaos causé par le crash de Justin Bogle. Ensuite, il n'a pas perdu de temps pour déborder avec autorité Ryan Dungey et Eli Tomac, avant de sprinter pour s'accorder une marge de sécurité confortable. Aucun doute, c'était du grand Kenny samedi soir, celui qu'on rêve de voir chaque semaine. J'espérais que sa victoire d'Arlington lui donnerait ce boost de confiance nécessaire pour batailler devant chaque week-end, mais celle-ci me paraît encore plus significative. Propre, appliqué, rapide, KRoc a toutes les cartes en main, encore faut-il qu'elles sortent en même temps. En tout cas, il se positionne clairement comme le deuxième homme de ce championnat.

Troisième podium de suite pour Marvin Musquin, et le quatrième de l'année. Pas mal, pour un rookie. MM est incontestablement en train de trouver son rythme dans ce championnat. Autoritaire dans son dépassement sur Eli Tomac, créatif comme à son habitude sur la piste, j'en veux pour preuve sa façon de sauter dans les whoops ou de couper le virage où il a justement doublé le #3, il possède maintenant la vitesse pour jouer ce podium toutes les semaines. Et même sûrement mieux, l'avenir nous le dira. S'il parvient à maintenir cette habileté à partir devant, je le vois bien en gagner une ou plus avant Vegas, d'autant que les ornières de la côte est ne lui posent aucun problème. Et avec le style, toujours. Mine de rien, il est gentiment en passe de rattraper Cole Seely en terme de points. Mention très bien, encore une fois.
Troisième, c'est le pire résultat de Ryan Dungey cette saison. Incroyable. Avec 26 podiums de suite, il bat donc ce précédent record de longévité sur la boite, détenu jusqu'ici par un certain Chad Reed. Plus long à se mettre en branle que d'habitude, peut-être par prudence, il a perdu trop de temps derrière Tomac. Ensuite, il a bien essayé de revenir sur Kenny, sans succès, avant de perdre l'avant et d'offrir ainsi la seconde place à son ami Musquin. Rien de bien grave, il a de toutes façons mis le championnat sur « cruise-control » depuis un moment déjà.
Pas grand chose à dire sur Cole Seely ce week-end. Parti pour le holeshot, il s'est fait un peu pousser par Dungey, mais a réussi à éviter le carnage Bogle pour ressortir quatre. Avant de se faire déboîter par Marvin comme s'il prenait un tour. Costaud jusqu'au bout, il a réussi à aller chercher un Tomac en perdition. Bref, un jour normal au bureau, ni bon ni mauvais.

Sur la lancée de sa victoire à Daytona et en heat, ce holeshot de Tomac en finale sentait bon la confiance retrouvée, 20 tours parfaits, champagne et petites pépées. Sauf que... non. Selon ses propres termes, son rythme cardiaque se serait un peu emballé en début de course. Du coup, Eli, pourtant reconnu pour être un des plus physiques de la bande, a jeté l'ancre assez rapidement, jusqu'à avoir du mal à contenir Brayton... Chez Kawa, ça doit être les montagnes russes émotionnelles. Vivement que Grant arrange tout ça. Nan, je déconne. Décidément, cette saison prend une tournure plus que bizarre pour ET. Allez, plus que trois mois avant l'outdoor.

Pour Brayton, au contraire, ça ressemble à un petit exploit. Régulier depuis le début de la saison (une seul fois hors du top 10), JB10 a profité d'un terrain technique avec des whoops conséquents pour sortir sa plus belle finale de l'année. Au contact de son partenaire d'entraînement Cole Seely en début de manche, il a un peu perdu la roue à cause « d'une mauvaise trajectoire dans les whoops », avant d'échouer dans le pot d'échappement d'Eli Tomac dans le dernier, tout en ayant maintenu Trey Canard à quai. Pas mal, pour un vétéran de la catégorie. Et pour son team BTO, dont il était le seul représentant samedi soir après la blessure de Millsaps à Daytona. Solide.
Belle victoire de Trey Canard samedi. Oui, c'est lui qui gagne la course bis, celle des « post-Bogle crash ». Pris dans le merdier, il est vite remonté, avant de tomber sur un os nommé Brayton. Sur un terrain assez mono-trajectoire, TC n'a pas réussi à passer. Au moins, encore une finale sans mettre la cabane sur le chien. Ça progresse, ça progresse. De plus en plus annoncé chez Kawa l'an prochain, le Canard, au passage.
Peick ? Pas vu, on s'en fout.

El Hombre fait souffler un sacré vent de fraicheur sur le SX US.

Ah, plus intéressant, Jason Anderson était pour une fois dans le bon wagon au départ, avant de s'offrir un front flip digne du Nitro Circus en tapant dans la moto de Bogle. Coincé sous la brêle de Raper, il est reparti de très loin pour échouer à une belle neuvième place compte tenu des circonstances. Qui plus est, JA21 est le seul, à ma connaissance, à avoir envoyé un quad de folie sur l’enchaînement 3/3/1 après le départ. Allez faire un tour sur son instagram, ça vaut le déplacement. El Hombre fait souffler un sacré vent de fraicheur sur le SX US.
Pas grand chose d'autre à noter sur cette course, si ce n'est la chute de Reed dès le premier virage et, bien sûr, la méga boite de Bogle qui a véritablement changé la physionomie de cette finale. Ah, si, Christophe Pourcel ! CP n'était pas présent, suite à une blessure dans la semaine. On a pu croire à un problème de visa à la Davalos (voir plus bas), mais le boss de son team Bobby Hewitt aurait exhibé des radios qui prouvent que la blessure était plus que diplomatique. Reste que l'objectif initial de top 5 final paraît loin, très loin... Pas de James Stewart non plus, lui qui soigne son arrière-train gonflé et son égo dégonflé bien au chaud à la maison en Floride. Pas de date de retour annoncée pour JS7.

On a eu l'effet Bogle en 450, il y a eu l'effet Stewart en 250... Déjà, ça partait fort, cette histoire de Toronto, avec le leader Davalos qui ne fait pas le déplacement pour « raisons personnelles ». Autrement dit, l'Equatorien n'aurait pas obtenu les papiers nécessaires pour pouvoir revenir sur le territoire américain s'il en sortait, bien qu'il s'y soit pris il y a plus de six mois selon « des sources proches du dossier », comme on dit dans Faites entrer l'accusé. Difficile à confirmer ou infirmer. On sait depuis l'histoire Dean Wilson, coincé au Canada en 2011 après la course, que les Américains sont pointilleux en ce qui concerne leurs frontières. Bref, le possesseur de la plaque rouge a suivi la finale sur son canapé. Énorme. De quoi rempiler une année en 250 ? Ce serait mauvaise langue de l'insinuer ? Trop tard !  De quoi ouvrir des portes, notamment à la bande d'énervés Stewart/Martin/Hill. Et justement, ce sont eux qui ont fait les gros titres. Parti mid-pack, Mookie a décidé de forcer la décision en retardant largement son freinage... Jusqu'à embarquer la moitié du pack avec lui, dont J-Mart évidemment. Dès le deuxième virage, c'est Soubeyras, passé à travers le carnage, qui emmène Wentland à terre. Pour ajouter à la confusion, Mookie est rentré deux fois (!) au stand, d'abord pour remettre l'avant droit, puis pour couper le fil du coupe-circuit qui faisait déconner sa machine. Mal parti, Justin Hill s'est vite retrouvé quatre, avant de s'envoler facilement en tête. McElrath, en route pour une seconde place tranquille, a crevé de l'arrière. Comme RJ Hampshire. Course bizarre ? Tu m'étonnes... Au bout de 7 tours, Martin était déjà revenu 3, avant de passer Bisceglia (prononcez Bi-shell-ya) dans la foulée. Tout le monde, ou presque, a goûté la terre canadienne à un moment ou à un autre. On notera surtout le super retour de J-Mart, finalement second, et Mookie, sixième. Du coup, il y a des noms devant qu'on n'a pas l'habitude de voir. Bisceglia, après un hiver perturbé par deux blessures, monte sur le podium devant Alex Frye, que son propre team jugeait inapte au SX avant la première course. Wentland, malgré son accrochage avec Soub', signe son premier top 5. Benny Bloss, le rookie à la carrure de troisième ligne centre, a eu une finale mouvementé. Déjà, il a oublié de mettre une vitesse derrière la grille, laissant de fait partir ses copains, avant de remonter troisième, en passant à travers les corps et motos entassés au premier virage. Ensuite, il s'est mis court sur un saut, ce qui l'a fait sortir de la piste et a abaissé son guidon sur les genoux. Revenu quatrième, il est tombé pour finalement échouer à une belle septième place. Le genre qui devrait attirer l'attention des team managers.. Une finale chaotique, donc, dont le seul enseignement à tirer est que le titre devrait se jouer entre J-Mart, Mookie et Lil-Hill. Soubeyras, seulement treizième, a quant à lui perdu une occasion en or de scorer gros pour cause d'impatience. Allez, on reprend son souffle, direction Detroit pour la prochaine